Filières café et cacao : à Kpalimé, les journalistes prennent racine dans les plantations

Pendant deux jours, les 18 et 19 juin à Kpalimé, les professionnels des médias togolais ont quitté leurs salles de rédaction pour s’enfoncer dans les vallées caféières et cacaoyères de Kloto. Une immersion inédite, organisée par le Comité de Coordination pour les Filières Café et Cacao (CCFCC), un virage stratégique dans la manière dont les journalistes sont appelés à accompagner deux secteurs stratégiques de l’économie nationale. Au-delà de la formation théorique, c’est sur le terrain, face aux plants, aux sols et aux réalités agronomiques, que s’est joué l’essentiel : comprendre pour mieux informer.

Un laboratoire à ciel ouvert pour décrypter les réalités agronomiques

À Agomé-Yo, au pied de la chaîne de l’Atakora, les journalistes ont découvert une plantation installée en 1985, guidés par le technicien formateur préfectoral café-cacao de Kloto.

Loin des discours abstraits, l’expert a déroulé les étapes concrètes d’une installation réussie : choix de la parcelle, recours aux services techniques (ICAT, CCFCC), acquisition du matériel végétal, travaux préparatoires, calendrier de mise en terre, entretien précoce.

Une méthodologie rigoureuse, souvent méconnue du grand public, mais essentielle pour comprendre pourquoi certaines plantations prospèrent et d’autres non.

Les journalistes ont également appris que les hybrides modernes permettent l’apparition des premières fleurs dès la troisième année, et une production rentable à partir de la cinquième. Des données techniques cruciales pour contextualiser les performances des producteurs et les enjeux de renouvellement des vergers.

Caféier et cacaoyer : lever les confusions, maîtriser les différences

L’un des moments forts de l’immersion fut la démonstration comparative menée par le Dr ADDEN Ayi Koffi, Secrétaire administratif du CCFCC.

Il a rappelé une confusion fréquente dans les médias : illustrer un article sur le cacao avec une photo de café, ou inversement. Sur le terrain, les distinctions deviennent évidentes ; le cacaoyer est unicaule : un seul tronc, une couronne au sommet tandis que le caféier est multicaule : plusieurs tiges, idéalement quatre, formant un gobelet.

« Les cabosses poussent sur le tronc, tandis que les cerises de café apparaissent sur les branches fructifères. Une cabosse contient 30 à 40 fèves, une cerise seulement deux. Ces précisions, simples en apparence, sont fondamentales pour éviter les approximations dans les reportages, documentaires ou publications spécialisées. »

Des pratiques culturales à comprendre pour mieux les expliquer

La visite a permis d’aborder des aspects techniques rarement relayés dans les médias en l’occurrence l’importance de supprimer les tiges excédentaires du caféier, la nécessité d’éliminer les gourmands, la maturation des cerises sur 5 à 6 mois, la récolte échelonnée, l’interdiction de secouer les branches pour éviter de casser les coussinets floraux, ou encore l’absence de fermentation dans la filière café traditionnelle, contrairement au cacao.

Autant d’éléments qui permettent aux journalistes de saisir la complexité du travail paysan et de mieux valoriser les bonnes pratiques agricoles.

Des attentes fortes envers la corporation médiatique

Cette immersion n’était pas une simple visite pédagogique. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large : faire des journalistes des acteurs du développement endogène des filières café et cacao.

Les attentes sont désormais claires : produire une information plus juste, plus technique, plus contextualisée, valoriser les efforts des producteurs et des techniciens, sensibiliser le public aux enjeux de qualité, de renouvellement des vergers et de durabilité, contribuer à corriger les idées reçues et les approximations fréquentes et accompagner les politiques publiques agricoles par une communication rigoureuse et pédagogique.

Avec près de 17 000 demandes de plants de café enregistrées cette année dans la seule zone de Kloto, la dynamique de relance est bien réelle. Les médias sont désormais appelés à en être les relais crédibles.

Une immersion qui ouvre une nouvelle ère

En donnant aux journalistes les clés techniques de compréhension des filières, le CCFCC et ses partenaires posent les bases d’une collaboration durable entre monde agricole et monde médiatique.

Cette démarche, rare en Afrique de l’Ouest, pourrait devenir un modèle : celui d’un journalisme agricole mieux formé, plus proche du terrain, capable d’accompagner les mutations d’un secteur vital pour l’économie togolaise.

L’enjeu dépasse la simple transmission d’informations. Il s’agit de contribuer, par la qualité du traitement médiatique, à la consolidation de deux filières qui portent l’histoire, l’identité et l’avenir rural du Togo. Fin

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