
Il est des instants où l’art semble suspendre le temps, où la scène devient un territoire fragile où se rencontrent les rêves, les mémoires et les élans d’un continent. Ce mercredi 24 juin, dans le cadre du programme professionnel du Festival All Star Battle International (ASBI), cette magie a pris corps sous le nom de Pulse Africa. Une rencontre rare, presque intime, où les créateurs africains ont offert leur pulsation intérieure aux programmateurs venus d’Europe et d’Afrique, comme on tend une main vers l’avenir.

Un rituel de danse et de transmission
Le principe de Pulse Africa tient de la liturgie artistique : des extraits de dix à quinze minutes, des corps qui racontent, des regards qui scrutent, des respirations qui se répondent.
Face aux chorégraphes, un cercle de professionnels attentifs, venus écouter ce que l’Afrique a à dire, non par les mots, mais par le mouvement.
« On ne pouvait pas rassembler autant de professionnels au Togo sans offrir un espace où les compagnies africaines puissent faire entendre leur pulse », confie Bboy Difo, un des responsables de No Limit Crew, association initiatrice des All Star Battle International. Et en effet, la journée avait des allures de promesse tenue.

Sept œuvres, sept mondes, un même souffle
Les pièces présentées semblaient dialoguer entre elles, comme si une même vibration traversait les frontières.
Le Togo a brillé avec une intensité particulière : EWCE avec Fœtus, Emeifa avec Une vie pour 4 secondes, Assikpe avec REVERS, Kégou Arts avec À la mémoire de nos mémoires et AGEE avec Rouge.
Le Bénin et la Côte d’Ivoire complétaient ce chœur chorégraphique avec Sandrine Ahomey (Résilience) et Alloka Bawa Blanchard (Yêra du Brobrosseur).
Mémoire, oubli, filiation, résistance, joie, humanité : les thèmes se répondaient comme des échos lointains d’un même continent en quête de sens et de lumière.

L’émerveillement des programmateurs
Parmi les observateurs, certains ne cachaient pas leur émotion. Giovanni Zappulla, chorégraphe et directeur du festival Dissidanse en Italie, confiait :
« Il y a énormément de potentiel. Pour certains, c’est exceptionnel. J’aurais aimé voir les pièces entières. J’ai des envies de passer des coups de fil à quelques amis programmateurs et organisateurs de festivals en Europe, mais là j’avoue que je n’ai pas encore les idées claires.»
Dans sa voix, on percevait ce mélange de surprise et de respect que seule la rencontre avec une œuvre sincère peut provoquer.

Pour les artistes, une fenêtre ouverte sur le monde
Pour les chorégraphes, Pulse Africa n’était pas seulement une vitrine ; c’était un souffle nouveau, une possibilité de se projeter au-delà des frontières.
« Cette journée m’a permis de rencontrer des programmeurs de différents horizons et de mettre en valeur ma capacité », confie KAKANOU Bertrand, auteur de Une vie pour 4 secondes.
Même sentiment chez EWOVON Elom Elie (EWCE) : « Voir des professionnels de la danse contemporaine et hip-hop en personne, c’est une valeur ajoutée immense. Même un extrait peut faire mûrir une pièce. »
Ces mots disent la gratitude, mais aussi la conscience de l’enjeu : Pulse Africa n’est pas un simple événement, c’est un passage, une traversée.

Un réseau en gestation, une constellation en devenir
Au-delà des émotions du jour, Pulse Africa s’inscrit dans une dynamique plus vaste : « Connect and Create », un programme soutenu par l’Union européenne, destiné à tisser un réseau durable entre artistes africains et structures de diffusion.
Les dossiers ont circulé, les contacts ont été échangés, les promesses ont été murmurées.
Rien n’est encore écrit, mais tout semble possible.
La danse comme langue commune
Pulse Africa aura été, le temps d’une journée, un espace où les frontières se dissolvent, où les corps deviennent des ponts, où l’Afrique se raconte avec une intensité qui ne demande qu’à voyager.
Dans la douceur de cette rencontre, une certitude s’impose : la création africaine ne cherche pas à imiter le monde, elle cherche à l’émouvoir. Et ce jour-là, à ASBI XIII-2026, elle y est parvenue. Fin
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