APA : Lomé, tribune d’une Afrique qui refuse la posture de spectatrice

Il est des crises dont on croit, à tort, qu’elles se déroulent hors champ. Celle qui secoue le Moyen-Orient depuis plusieurs mois appartient à cette catégorie trompeuse : perçue de loin comme une affaire régionale, elle façonne pourtant, par ricochets successifs, le quotidien économique et sécuritaire du continent africain. C’est ce constat, formulé sans détour, qui a présidé à la tenue, le 3 juillet, de la Conférence ministérielle extraordinaire de l’Alliance politique africaine à Lomé.

Un choix de mots qui vaut déclaration d’intention

Recevant ses homologues sous le thème « L’Afrique face à la crise du Moyen-Orient : impacts, défis et réponses stratégiques », le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, s’est employé à dissiper d’emblée un malentendu répandu. Non, cette crise n’est pas lointaine. Elle affecte les économies africaines, leur sécurité, leur résilience, et interroge la capacité du continent à peser sur la stabilité mondiale. La formule, martelée avec une insistance délibérée, situe d’emblée le registre de l’intervention : celui d’une Afrique qui entend cesser de subir les événements pour en devenir un acteur lucide.

L’onde de choc économique, décryptée sans complaisance

Le propos présidentiel ne s’est pas limité à l’incantation. Il a décliné, avec une précision presque clinique, les canaux de transmission par lesquels la crise moyen-orientale percute le continent : volatilité des prix de l’énergie, ruptures dans les chaînes d’approvisionnement, difficultés d’accès aux intrants agricoles, renchérissement du fret maritime, inflation alimentaire. Une énumération qui a le mérite de la clarté et qui rappelle, s’il en était besoin, combien les équilibres africains demeurent tributaires de soubresauts géopolitiques dont ils ne sont pourtant nullement à l’origine.

La résilience, érigée en doctrine plutôt qu’en slogan

De ce diagnostic découle une conviction que le chef de l’État togolais a pris soin d’articuler avec méthode : les crises actuelles ne créent pas de vulnérabilités nouvelles, elles révèlent celles qui préexistaient. D’où l’appel à une résilience pensée comme un chantier permanent — diversification énergétique, interconnexions régionales, sécurité alimentaire élevée au rang d’impératif national et non de simple politique sectorielle, modernisation des corridors logistiques, reconstitution de marges budgétaires. Un programme dense, qui déplace le débat du registre de l’urgence vers celui, plus exigeant, de la structuration durable.

Le détroit d’Ormuz, ou l’art de ne pas céder à l’illusion de l’apaisement

Particulièrement notable fut la mise en garde du Président du Conseil contre tout relâchement de vigilance. Les signes de désescalade observés au Moyen-Orient, a-t-il averti, ne sauraient être pris pour un règlement durable tant que les tensions autour du détroit d’Ormuz continuent de peser sur les marchés internationaux. Une lucidité qui tranche avec les postures rassurantes parfois adoptées face à des crises dont la résolution reste, par nature, incertaine.

Une souveraineté qui n’exclut pas la diversité des intérêts

Le point d’orgue de l’intervention aura sans doute été la défense d’une parole africaine plus unifiée sur la scène internationale — sans que cette unité ne suppose l’uniformité. Reconnaissant que les intérêts nationaux des États africains peuvent diverger, le chef de l’État togolais a néanmoins plaidé pour l’affirmation d’intérêts fondamentaux communs, socle d’une diplomatie continentale indépendante, forte de la légitimité que confère à l’Afrique sa propre expérience des conflits.

Une convergence continentale qui dépasse le symbole

Cette ambition a trouvé un écho appuyé dans les propos du Président sierra-léonais Julius Maada Bio, président en exercice de la CEDEAO, pour qui aucune puissance extérieure ne saurait définir l’avenir du continent. La présence, à ses côtés, de la représentante de la Commission de l’Union africaine, Francisca Tatchouop Belobe, est venue conforter cette dynamique, l’instance continentale ayant formellement adhéré à l’initiative togolaise.

L’APA, ou la diplomatie togolaise à l’épreuve de la durée

Fondée par le Togo en 2023, l’Alliance politique africaine confirme, à travers cette conférence, sa vocation de cadre structurant pour le dialogue interétatique africain. Reste à mesurer, au-delà de la qualité des échanges tenus à Lomé, la capacité de cette plateforme à transformer les convergences affichées en actions tangibles — seul horizon qui distinguera véritablement cette initiative des multiples forums diplomatiques dont le continent a déjà l’habitude. Fin

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