
Il y a des rendez-vous administratifs qui, sous une apparence protocolaire, disent beaucoup de la philosophie de gouvernance d’un pays. Le Séminaire national des gouverneurs et préfets, ouvert ce mercredi 5 août 2026 à Blitta, en est un exemple éloquent : pendant deux jours, l’ensemble des premiers représentants de l’État dans les régions et les préfectures togolaises se retrouvent à l’Agence nationale de formation des collectivités territoriales pour soumettre leur propre action, six mois durant, à l’épreuve du bilan et de la critique collective.

Un choix de terrain qui n’a rien d’anodin
Que ce rendez-vous stratégique se tienne à Blitta, loin des salons feutrés de la capitale, mérite d’être relevé. En accueillant les représentants de l’administration déconcentrée sur son propre territoire, la préfecture — dont le préfet Mani Anakpa a personnellement souhaité la bienvenue aux participants au nom de ses administrés — devient elle-même, le temps de deux journées, le symbole vivant de ce que le séminaire entend précisément évaluer : la capacité de l’État à se déployer, à se faire entendre et à agir au plus près des réalités locales, loin des seuls centres de décision.

Un exercice de lucidité voulu par le sommet de l’État
C’est le ministre de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières, le colonel Hodabalo Awaté, qui a ouvert les travaux, en inscrivant d’emblée cette rencontre dans la dynamique de transformation de l’État portée par le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé. Refusant d’y voir une simple formalité administrative, le ministre en a fait un authentique exercice de responsabilité collective, résumé dans une formule à l’accent presque solennel : « Nous sommes venus regarder lucidement le chemin parcouru. Nous sommes venus mesurer objectivement nos performances. Nous sommes venus identifier sans complaisance nos insuffisances. »
Cette exigence de lucidité, loin d’être un simple exercice de style oratoire, s’inscrit dans un contexte institutionnel précis : celui de la consolidation des institutions de la Ve République togolaise, conjuguée à la montée en puissance de la décentralisation, qui redistribue progressivement les responsabilités entre l’administration centrale et les collectivités territoriales. Dans cette architecture en mouvement, le ministre a tenu à rappeler que gouverneurs et préfets demeurent les principaux artisans de la présence effective de l’État sur l’ensemble du territoire national — un rôle de courroie de transmission d’autant plus déterminant que les réformes se multiplient.

Une conception de la République fondée sur l’équité et la proximité
Reprenant les orientations présidentielles, le colonel Awaté a livré une définition de la République moderne qui dépasse la seule technicité administrative : « Une République moderne n’est pas seulement une République de procédures. C’est d’abord une République d’équité (…) C’est aussi une République de proximité où l’État est présent, attentif et à l’écoute des réalités locales. » Cette formule, qui place l’équité et l’écoute au même rang que l’efficacité procédurale, donne le ton d’un séminaire moins tourné vers l’auto-satisfaction que vers l’identification honnête des marges de progression.
Le ministre n’a d’ailleurs pas manqué de saluer les efforts accomplis par les autorités déconcentrées au cours du premier semestre 2026 — maintien de l’ordre public, accompagnement de la décentralisation, contrôle des collectivités territoriales, prévention des crises, coordination des services déconcentrés — tout en invitant fermement les participants à un examen sans concession de leurs pratiques. « J’attends de chacun un esprit d’écoute, de responsabilité et de proposition », a-t-il insisté, ajoutant que l’avenir de l’administration territoriale togolaise ne se construira « ni dans le silence ni dans les certitudes, mais dans le dialogue, l’intelligence collective et la recherche permanente de solutions ».

Un programme dense, entre technique et prospective
Au-delà de la cérémonie d’ouverture, les travaux se déploient sur un format volontairement approfondi : communications techniques animées par les différentes directions du ministère, retours d’expérience sur les difficultés rencontrées sur le terrain, rappels des procédures administratives, partage des bonnes pratiques régionales, et table ronde consacrée aux nouveaux défis du pilotage territorial, conçue comme un espace de dialogue direct entre le ministre, les gouverneurs et les préfets. La seconde journée doit prolonger cet exercice à travers les communications des autres directions techniques du département, couvrant tour à tour les collectivités territoriales, les affaires administratives et financières, les affaires coutumières, les libertés publiques, les affaires politiques et la communication publique territoriale.

Une feuille de route pour tenir le second semestre
Le séminaire doit s’achever par l’adoption d’une feuille de route assortie de recommandations opérationnelles, destinée à renforcer la coordination entre services centraux et autorités déconcentrées, à harmoniser les pratiques administratives et à améliorer le pilotage territorial de l’action gouvernementale. Loin d’un simple exercice de communication institutionnelle, cette rencontre de Blitta illustre une conception de la gouvernance où l’auto-évaluation régulière des représentants de l’État devient elle-même un outil de politique publique — un pari sur la capacité de l’administration territoriale togolaise à se réformer de l’intérieur, à mi-chemin entre la rigueur du contrôle hiérarchique et l’exigence, revendiquée par le ministre, d’un dialogue véritablement ascendant entre le terrain et le sommet de l’État. Fin
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