
Il est un constat récurrent dans les systèmes éducatifs africains : celui d’un diplôme qui peine à traduire, sur le terrain professionnel, les compétences qu’il est censé certifier. C’est précisément cet écart que le Togo s’efforce de résorber depuis le 25 août 2026, en réunissant, sous l’égide de l’Institut national de formation et de perfectionnement professionnels (INFPP), cent six enseignants de comptabilité issus de l’enseignement technique et professionnel, pour une formation intensive de quatre jours au logiciel Sage Compta 100 et aux pratiques fiscales togolaises.
Un diagnostic préalable, plutôt qu’une initiative isolée
Loin de répondre à une simple actualisation technologique, cette formation trouve son origine dans un travail d’enquête méthodique. Un rapport d’analyse de la situation de travail avait, en amont, permis d’identifier précisément les tâches qu’un commis comptable titulaire d’un baccalauréat G2 devait être en mesure d’exécuter au sein d’une PME. Le constat, tel que l’expose Dr Awi Nalewazou, expert en fiscalité et formateur, est sans détour : un tel diplômé doit pouvoir gérer la petite fiscalité d’une entreprise et tenir une comptabilité à l’aide d’outils logiciels adaptés — des compétences qui, jusqu’ici, ne trouvaient pas nécessairement de traduction fidèle dans les enseignements dispensés.
Deux savoirs à faire converger
La formation s’articule ainsi autour de deux volets pensés comme complémentaires. Le premier porte sur la fiscalité togolaise elle-même : comprendre l’environnement fiscal national, identifier les impôts et taxes applicables aux petites entreprises, maîtriser les régimes fiscaux et savoir évaluer les assiettes correspondantes. Le second se concentre sur la maîtrise technique du logiciel Sage SAARI 100 : paramétrage, création du plan comptable, saisie des écritures, édition des états financiers. L’ambition n’est pas de juxtaposer deux compétences distinctes, mais de permettre aux enseignants de les enseigner ensemble, comme elles seront mobilisées ensemble dans la réalité d’une PME.
Une réforme pédagogique de plus longue haleine
Cette session s’inscrit dans un mouvement engagé de longue date. Comme le rappelle Patibibouyou Kirong, directeur de cabinet du ministère de l’Éducation nationale, le Togo a amorcé dès 2011 une réforme fondée sur l’approche par compétences, destinée à rendre les élèves autonomes face à des situations professionnelles concrètes, en articulant savoirs, savoir-faire et savoir-être. Cette formation des enseignants s’y rattache directement : dans un contexte marqué par la numérisation croissante des pratiques comptables et par l’évolution du plan comptable SISCOHADA, il devenait impératif d’actualiser les compétences de ceux qui, à leur tour, forment les futurs diplômés.
Des enseignants formés pour mieux transmettre
L’enjeu dépasse ainsi la simple montée en compétence individuelle des cent six participants. La formation doit déboucher sur l’élaboration de contenus pédagogiques directement destinés aux élèves de Terminale G2, intégrant les pratiques liées à Sage Compta 100 et à la fiscalité togolaise. Autrement dit, ce sont les méthodes d’enseignement elles-mêmes qui se trouvent recalibrées, avec pour objectif de resserrer durablement le lien entre la formation scolaire et les compétences réellement attendues par les entreprises togolaises.
Le capital humain, pierre angulaire assumée
Pour Émile Kossi N’Guissan, Directeur de l’INFPP, cette démarche s’inscrit dans une vision plus large portée au sommet de l’État : celle qui fait de l’éducation la pierre angulaire du développement national, en tant que principal levier de production du capital humain nécessaire à la croissance économique. Dans cette perspective, les futurs bacheliers formés selon l’approche par compétences ne sont pas seulement appelés à décrocher un diplôme, mais à devenir des acteurs immédiatement opérationnels, capables d’accompagner les PME et PMI togolaises sur des questions comptables et fiscales dont dépend, in fine, leur pérennité.
Un test grandeur nature pour l’adéquation formation-emploi
Au-delà de son objet technique, cette initiative constitue un cas d’école pour une question qui dépasse largement le seul secteur comptable : celle de la capacité des systèmes éducatifs à s’ajuster, dans des délais raisonnables, à l’évolution des outils et des exigences du marché du travail. En investissant simultanément dans la formation des enseignants et dans la refonte des contenus pédagogiques, le Togo mise sur un effet de diffusion progressif, dont la portée réelle ne se mesurera véritablement qu’à l’entrée des futurs diplômés sur le marché de l’emploi. Fin
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