Programme International Honoris Causa : « Notre ambition n’est pas de fabriquer des titres, mais de faire émerger des références », Prof Solim Bamaze

À deux semaines de la deuxième cérémonie internationale de graduation du Programme International Honoris Causa (PIHC), prévue le 31 octobre à l’Université de Lomé, son Chancelier, Professeur Honoris Causa Solim BAMAZE  expose ce que ces distinctions sont, ce qu’elles ne sont pas, et la manière dont le Programme entend en garantir la crédibilité. Président de l’Agence Internationale pour les Formations et le Développement (AIFD), organisation non gouvernementale de droit togolais, et chancelier du  PIHC, il revient sur la mission du Programme, ses critères de sélection, son bilan au Togo et ses perspectives.

Le Programme International Honoris Causa : de quoi s’agit-il exactement ?

Le PIHC repose sur une conviction : l’excellence ne se mesure pas seulement à l’accumulation de diplômes, mais aussi à la qualité des réalisations, à la force de l’engagement et à l’impact d’une personne sur sa communauté.

C’est une initiative internationale de reconnaissance honorifique, portée par l’AIFD, une ONG de droit togolais qui bénéficie depuis 2020 du statut consultatif spécial auprès de l’ECOSOC. L’AIFD intervient dans l’éducation et la formation, le développement des compétences, l’entrepreneuriat, le leadership, la jeunesse, l’autonomisation des femmes, la gouvernance et le développement durable.

La mission du PIHC est d’identifier, d’évaluer, de sélectionner et de recommander à des universités partenaires des personnalités dont le parcours mérite une reconnaissance internationale. Notre point de départ est un constat : l’Afrique regorge de bâtisseurs, de chercheurs, d’entrepreneurs, de responsables communautaires et d’acteurs humanitaires dont l’action reste souvent méconnue au-delà de leur environnement immédiat.

Le Programme couvre les sciences, l’éducation, les affaires, la santé, le droit, l’administration publique, l’innovation, l’action humanitaire, la culture, la gouvernance et le développement socioéconomique. Il permet de recommander des candidats pour les titres honorifiques d’Associate, de Licence, de Master, de Docteur Honoris Causa et de Professeur Honoris Causa, selon les nomenclatures des établissements partenaires.

Je tiens à être précis : le PIHC n’est pas une université et ne délivre aucun diplôme honorifique. Ceux-ci relèvent des institutions partenaires, qui examinent nos recommandations et décident selon leurs propres règles. Nous assurons l’identification des profils, l’évaluation préliminaire, la recommandation, la coordination institutionnelle et l’organisation des cérémonies.

Notre devise résume notre philosophie : « Distinguer pour honorer, honorer pour inspirer ». Nous ne voulons pas seulement remettre des distinctions. Nous voulons bâtir une communauté internationale de personnalités capables de transmettre leur expérience et de contribuer au développement de nos sociétés.

Combien d’universités sont partenaires du Programme ?

Notre réseau compte aujourd’hui cinq institutions universitaires partenaires actives, notamment en Amérique, en Europe et dans d’autres espaces éducatifs. Elles examinent des candidatures de personnalités issues de plusieurs pays africains.

Toutes n’interviennent pas selon les mêmes modalités. Certaines examinent des propositions de distinctions honorifiques ; d’autres collaborent avec nous sur la formation, la certification, les échanges institutionnels ou des projets communs.

Nous ne cherchons pas à multiplier les partenariats pour afficher des chiffres. Nous voulons un réseau de partenaires crédibles et engagés. Nous tenons à l’autonomie des universités : une candidature recommandée par le PIHC ne devient effective qu’après examen et approbation par l’établissement compétent. Cette séparation des responsabilités doit garantir le sérieux du dispositif. Nous poursuivrons l’élargissement du réseau avec des établissements reconnus, des organismes de formation et des institutions engagées dans la valorisation de l’excellence.

Quels sont les critères d’éligibilité ?

Le mérite d’abord : la qualité du parcours, la portée des réalisations, l’impact des contributions. Il peut s’exprimer dans des trajectoires très différentes : un chercheur qui a fait avancer les connaissances, un entrepreneur qui a créé des emplois, une femme qui a transformé les conditions de vie de sa communauté, un acteur humanitaire dont l’apport est significatif.

Nous examinons six éléments :

  • Le parcours personnel et professionnel : l’expérience acquise, les responsabilités exercées, la progression.
  • Les réalisations concrètes : initiatives, projets, innovations, publications, actions.
  • L’impact : économique, social, scientifique, culturel ou humanitaire.
  • Le leadership : l’aptitude à mobiliser, former, accompagner et influencer positivement son environnement.
  • L’intégrité, la réputation et l’exemplarité.
  • La cohérence entre le parcours du candidat et la distinction sollicitée.

La procédure comprend généralement un appel à candidatures ou une proposition de nomination, la constitution d’un dossier, son évaluation, puis la recommandation des candidatures retenues aux universités partenaires. Le dossier comprend un curriculum vitae, une biographie, les justificatifs de formation disponibles, les éléments attestant des réalisations, une pièce d’identité et une photographie officielle. Le Conseil Supérieur des Distinctions Honorifiques (CSDH) apporte une appréciation collégiale des candidatures.

Une recommandation n’est jamais une attribution automatique : la décision finale appartient à l’institution partenaire. Des frais administratifs peuvent être associés au traitement des dossiers approuvés, selon les conditions des établissements partenaires et les prestations d’organisation. Mais la capacité financière ne doit jamais être confondue avec le mérite qui fonde l’éligibilité. Nous voulons que les distinctions soient justifiées par des contributions réelles, et non par leur seule valeur symbolique.

Combien de Togolais ont été distingués, et à quels grades ?

Le Togo occupe une place particulière : il est le pays d’ancrage institutionnel de l’AIFD et du PIHC. Notre première édition internationale, en 2021, a distingué dix lauréats et ouvert la voie à la structuration du Programme. Depuis, l’intérêt ne cesse de croître chez les professionnels, dirigeants, entrepreneurs et acteurs associatifs.

À ce jour, 13 personnalités togolaises ont été distinguées, à différents niveaux, notamment pour le professorat et le doctorat honorifiques. Je voudrais citer deux parcours récents.

L’Honorable KADJAKA-ABOUGNIMA Molgah, sénatrice, ancienne présidente de la Chambre nationale des notaires du Togo et actrice du développement social, a été élevée le 30 septembre 2026 au rang de Professeure Honoris Causa en Administration et Gestion des Affaires. Elle a aussi été investie Présidente d’honneur des cérémonies du PIHC.

Monsieur TCHINDE Wiyaou, entrepreneur et promoteur de la professionnalisation du secteur immobilier, a reçu le 5 octobre 2026 la distinction de Docteur Honoris Causa en Leadership et Développement Immobilier. Il a également été nommé Maître des Délibérations du PIHC et siégera au sein du CSDH.

Pour l’édition internationale de 2026, nous avons reçu environ une centaine de candidatures, dont 65 ont été retenues à l’issue de la présélection. Il faut toutefois distinguer trois catégories qui ne doivent pas être confondues : les candidats présélectionnés, les dossiers définitivement approuvés par les établissements partenaires et les personnes effectivement graduées. Notre objectif est de faire du Togo un point de convergence de personnalités méritantes venues de tout le continent et d’ailleurs.

Concrètement, que confère une distinction honorifique à son bénéficiaire ?

Sa valeur ne tient pas au diplôme, à la médaille ou à la toge. Elle tient au sens de la reconnaissance, à la crédibilité de l’institution qui la décerne et à la responsabilité morale qui en découle. Je vois cinq apports.

  1. La reconnaissance du parcours. Elle salue publiquement des années de travail et d’engagement.
  2. La visibilité. Elle peut renforcer la notoriété professionnelle et sociale du récipiendaire, à condition d’en préciser clairement la nature honorifique.
  3. Un réseau. Le PIHC rapproche professionnels, entrepreneurs, experts, chercheurs et dirigeants associatifs, avec à la clé des échanges, des collaborations et du mentorat.
  4. La transmission. Nous encourageons les lauréats à devenir des modèles pour les jeunes, par des conférences, des formations et des actions communautaires.
  5. Des responsabilités au sein du Programme. Certains lauréats peuvent siéger dans nos organes, représenter le PIHC ou participer à nos projets. C’est pourquoi nous structurons le CSDH, la Présidence d’honneur des cérémonies et notre réseau d’ambassadeurs pays.

J’insiste sur une limite : un diplôme honorifique n’est pas un diplôme académique. Il ne confère ni niveau de qualification reconnu par l’État, ni équivalence universitaire, ni droit d’exercice professionnel, ni accès à un emploi, ni habilitation à enseigner. De même, le titre de Professeur Honoris Causa ne vaut pas, à lui seul, nomination dans le corps professoral d’une université. Sa valeur s’apprécie selon l’institution qui l’attribue. Nous voulons une culture de la reconnaissance responsable, où ces distinctions sont comprises, respectées et utilisées avec rigueur.

Ces distinctions, courantes dans les systèmes anglophones, sont encore mal comprises dans l’espace francophone. Que comptez-vous faire au Togo ?

Il faut aborder la question avec lucidité. Les perceptions diffèrent d’une tradition universitaire à l’autre, mais il serait inexact de dire que ces distinctions sont étrangères au monde francophone : des universités reconnues décernent des titres de Docteur Honoris Causa à des personnalités éminentes. L’enjeu n’est pas la popularité du titre, mais sa nature, la crédibilité de ceux qui le décernent et la transparence des conditions d’attribution.

Nous savons qu’une distinction perd sa valeur quand elle est attribuée sans critères sérieux, sans examen crédible ou dans une logique essentiellement commerciale. Le PIHC agit sur cinq fronts :

  • Sensibiliser le public à ce qu’est une distinction honorifique et à ce qui la sépare d’un diplôme académique.
  • Durcir la sélection : renforcer l’évaluation, la documentation des réalisations et la cohérence entre parcours et titre sollicité.
  • Approfondir les partenariats avec des universités dont le statut, les habilitations et les pratiques peuvent être vérifiés, condition de la confiance.
  • Dialoguer avec les milieux universitaires, les institutions publiques, les organisations professionnelles et les médias.
  • Orienter les lauréats vers l’action au service de la collectivité : la distinction doit encourager à aller plus loin, non clore un parcours.

Nous ne cherchons pas à imposer une reconnaissance juridique ou académique que ces titres ne possèdent pas nécessairement. Nous voulons contribuer à leur crédibilité sociale, institutionnelle et morale, dans le respect des règles de l’enseignement supérieur au Togo et dans les pays partenaires.

Quelles sont les perspectives du Programme ?

Elles sont ambitieuses, mais fondées sur une construction progressive. À court terme : réussir la cérémonie du 31 octobre. Notre priorité est la deuxième grande cérémonie internationale de graduation, le samedi 31 octobre 2026 à partir de 8 h 30, dans la grande salle du CIREL – Village du Bénin, à l’Université de Lomé. Elle accueillera des lauréats de divers horizons, des partenaires, des responsables institutionnels, des entrepreneurs et des acteurs associatifs. Elle sera coprésidée par le Chancelier et par la Professeure Honoris Causa KADJAKA-ABOUGNIMA Molgah, avec la participation des membres du CSDH, dont le Dr h.c. TCHINDE Wiyaou, Maître des Délibérations. Nous voulons en faire une célébration du mérite, du leadership et de l’excellence, et une rencontre entre générations et entre secteurs. Le public est invité : jeunes, étudiants, professionnels, entrepreneurs, société civile, institutions et partenaires.

À moyen terme : structurer une communauté de lauréats. Nous voulons un dispositif mieux structuré, avec des organes de gouvernance solides, un réseau international de représentants et un suivi permanent des lauréats : renforcement du CSDH, développement du réseau d’ambassadeurs pays, diversification des collaborations universitaires, formations, conférences et rencontres thématiques. L’idée est simple : les relations entre lauréats ne doivent pas s’arrêter le jour de la graduation. Nous voulons les voir collaborer sur des projets économiques, sociaux, éducatifs, culturels ou humanitaires et encadrer les jeunes générations. Le PIHC doit devenir un cadre de collaboration, de mentorat et de mobilisation des compétences, pas seulement un mécanisme de reconnaissance.

À long terme : devenir une référence internationale. Nous ambitionnons d’être une plateforme de référence pour identifier et valoriser les personnalités qui contribuent au progrès de leurs sociétés : présence dans davantage de pays, partenariats renforcés, initiatives sur le leadership, l’innovation, le développement durable et l’engagement citoyen, rendez-vous internationaux de l’excellence, soutien à des projets à fort impact social.

Notre vision est celle d’une nouvelle génération de modèles africains, avec des ponts vers le reste du monde. Nous voulons montrer que l’Afrique n’est pas seulement une terre de talents et de potentialités, mais aussi d’excellence et de réalisations dont les contributions méritent d’être reconnues à l’échelle internationale. Notre ambition ultime : faire de la reconnaissance du mérite un levier d’inspiration, de transmission et de développement humain.

C’est la vision que nous partagerons avec le public le 31 octobre 2026, à l’Université de Lomé. « Distinguer pour honorer, honorer pour inspirer. »

Par Yves Lesaint, Leseul

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