Adétikopé, ou l’industrialisation du Togo en actes : la Plateforme industrielle prend la mesure de ses ambitions

À une trentaine de minutes de Lomé, vingt-deux industries sont déjà installées et cinq unités sont en construction, selon les chiffres de juin 2026. La Plateforme Industrielle d’Adétikopé (PIA) y devient l’un des principaux instruments de la transformation économique du pays.

Transformer sur place ce que le pays produit

Adétikopé n’est plus seulement un toponyme. Usines, entrepôts et chaînes de transformation y composent un ensemble industriel qui emploie une main-d’œuvre croissante. Le dessein est énoncé sans ambiguïté : cesser d’exporter des matières premières brutes pour en conserver la valeur ajoutée sur le territoire national. Ce pari, cher au Président du Conseil Faure Gnassingbé, repose sur l’Autorité de Coordination de la Plateforme Industrielle (ACP-PIA).

Une autorité chargée de coordonner

L’ACP-PIA facilite l’installation des investisseurs, coordonne les infrastructures, supervise les secteurs d’activité et veille à un environnement de production fluide. Le projet vise à attirer les investissements directs étrangers dans les domaines clés, par des mesures de soutien politique, de gouvernance et d’incitation. Il entend aussi développer les chaînes de valeur prioritaires, grâce à des infrastructures de production, de logistique, de stockage et de transformation, et renforcer les capacités des acteurs des zones agro-industrielles. Les retombées attendues se mesurent en usines, en savoir-faire et en emplois, autant de réponses au chômage, notamment celui des jeunes.

Un tissu d’entreprises diversifié

Agro-transformation : Togo Soja achète et transforme soja, mangue, anacarde, maïs, sésame et coton graine, pour l’exportation. Togo Organics and Naturals se consacre au soja biologique et à d’autres produits, principalement exportés. Togo Feeds fabrique des aliments pour animaux à partir de soja et de maïs, au bénéfice de l’élevage local. Nutrisource Togo transforme et commercialise engrais, intrants et produits alimentaires, et exploite des terres agricoles. Dongaco Togo produit des vivriers et des boissons, gère la logistique de structures de télécommunication et de transport et exploite une usine de plastiques.

Bois : Togo Wood Industries assure le sciage, le séchage, la fabrication de meubles et de clins.

Textile : Batakali Textile traite le coton et fabrique vêtements et sous-vêtements. Africa Textile Management Togo conçoit, installe et gère des projets industriels clés en main.

Pharmacie : FHC Medica fabrique et commercialise des produits pharmaceutiques, parapharmaceutiques et cosmétiques, un atout pour la souveraineté sanitaire.

Énergie et mobilité : Bawason Group produit du biocarburant, et Africa Green Mobility Solutions-Togo (AGMS-Togo) fabrique des véhicules et tricycles électriques.

Automobile et construction : Van Vliet Automotive Togo distribue des véhicules gros porteurs, vend des pièces détachées et assure le service après-vente. Vivace Group produit des matériaux de construction en aluminium et en plastique, ainsi que de l’inox et de la vitrerie.

Un écosystème complet sous supervision

Au-delà des entreprises, la PIA se conçoit comme un ensemble intégré. L’agro-transformation s’articule en deux filières. La filière céréale, centrée sur le soja, est présentée comme la plus prometteuse du projet, de l’achat à l’exportation des graines. La filière bois s’appuie sur des infrastructures adaptées et une logistique efficace. La plateforme prévoit en outre de fournir coton et soja à ses clients à un prix compétitif par rapport aux prix FAB à l’exportation.

La fabrication invite les industriels à tirer parti de l’AGOA, des accords avec l’Union européenne et des régimes favorables aux PMA. Un investissement de 750 millions de dollars US est prévu pour garantir l’électricité et l’eau, un guichet unique de dédouanement et un environnement de production sans faille.

La logistique repose sur plusieurs équipements : un Inland Container Depot (ICD) de 150 000 conteneurs EVP, destiné à desservir des pays enclavés comme le Burkina, le Mali et le Niger. Il doit désengorger le Port autonome de Lomé, améliorer la productivité des quais, renforcer la concurrence, la transparence statistique et le contrôle du poids des camions en transit. Un service d’expédition de fret : dédouanement, assurance responsabilité civile des transitaires, emballage, suivi des expéditions, étiquetage et gestion des stocks; un entrepôt frigorifique, destiné à réduire le gaspillage, à allonger la conservation et à permettre l’exportation de fruits et légumes locaux vers l’Union européenne et les États-Unis. Il peut aussi renforcer la chaîne logistique de santé et créer des emplois qualifié; un parc logistique de stockage des produits finis, avec entrepôts, assurance qualité et transporteurs agréés. Une zone commerciale et résidentielle est également prévue : commerces, restaurants, hôtels, banques, immeubles collectifs et appartements de grande hauteur.

Des chantiers structurants

Conformément au Plan national de développement (PND), un projet routier doit doter la zone d’un axe à deux voies sur deux, à réaliser dans un délai de trois ans après la signature de l’accord de concession. Il vise à faciliter la circulation des personnes et des biens, à stimuler le commerce intérieur et à améliorer la sécurité routière.

Sur le plan énergétique, un parc solaire photovoltaïque de 390 MWp, avec stockage par batterie, est prévu pour alimenter la plateforme. Il serait le plus grand de ce type au Togo et en Afrique de l’Ouest. Il s’implanterait sur une zone supplémentaire de 445 hectares mise à disposition par le gouvernement.

Dans le textile, ARISE IIP travaille avec le gouvernement à attirer des investisseurs étrangers. Le projet prévoit des centres de formation aux métiers de la confection, afin de former une main-d’œuvre qualifiée, de créer des emplois directs et indirects et de porter des initiatives de responsabilité sociale des entreprises.

Une ambition à confirmer

Industries installées, unités en construction, logistique, énergie solaire, formation : la PIA dessine un modèle où l’État, par l’intermédiaire de l’ACP-PIA, crée les conditions de la réussite des investisseurs. L’enjeu dépasse Adétikopé : il s’agit de faire de l’industrie un levier de croissance, de valeur ajoutée locale et d’emplois durables, au service de la jeunesse et du rayonnement économique du pays. Fin

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