
Aux yeux de nombreux observateurs, l’Organisation des Nations Unies demeure l’ultime refuge verbal du droit international : un espace où les déclarations solennelles se multiplient tandis que l’application effective des normes s’étiole.
La récente crise vénézuélienne éclaire de manière crue cette contradiction fondamentale, entre les principes énoncés et leur mise en œuvre, et révèle ce que certains critiques appellent une coquille vide du système multilatéral que nos dirigeants africains, et d’ailleurs, semblent s’acharner à respecter sans réserve.
Le droit international, tel qu’inscrit dans la Charte des Nations Unies, proscrit explicitement le recours à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un État sans autorisation du Conseil de sécurité ou sans droit de légitime défense avéré.
Ce principe, souvent présenté comme le fondement même de la coexistence pacifique des États, a été rappelé récemment par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme lorsqu’il a condamné l’intervention militaire américaine au Venezuela comme une atteinte grave à ces normes fondamentales.
Des représentants des Nations Unies ont souligné que l’usage unilatéral de la force par une puissance, sans mandat du Conseil et contre l’avis explicite de la majorité des membres, sape l’architecture du droit international lui-même.

Pourtant, cette condamnation morale et juridique, émise avec gravité, reste incapable d’infléchir les choix stratégiques des puissants. Malgré les critiques du Secrétaire général et des organes des droits humains, la réponse de l’ONU se limite à des déclarations de principe.
Au Conseil de sécurité, l’usage du droit de veto par les grandes puissances, notamment les États-Unis, rend pratiquement impossible toute sanction ou action contraignante visant à faire respecter le droit que l’organisation prétend défendre.

C’est cette réalité institutionnelle qui confère au multilatéralisme onusien une impression d’inertie quasi structurelle.
Cette dynamique n’est pas une simple faiblesse technique. Elle traduit un déséquilibre profond entre les principes universels et les rapports de force internationaux. Lorsque l’un des membres permanents du Conseil de sécurité engage un acte qualifié par des juristes et des experts comme une violation manifeste des normes internationales, en l’occurrence l’usage de la force pour capturer un chef d’État étranger et influencer le processus politique interne, et que l’ONU ne peut imposer aucun mécanisme de réparation, il devient évident que le droit international fonctionne moins comme une règle contraignante que comme un catalogue de vœux pieux.

Les dirigeants africains, comme bien d’autres, continuent de proclamer leur fidélité au multilatéralisme et à l’ONU. Cela tient à la fois à une conviction sincère en des normes censées protéger les plus faibles et à une stratégie diplomatique visant à inscrire leurs causes dans le cadre juridique international. Mais le double standard, une intervention unilatérale tolérée ou justifiée lorsqu’elle émane d’une grande puissance et condamnée lorsqu’elle vient de nations périphériques, expose la fragilité de ce système.
À terme, cette posture pourrait renforcer l’idée d’un droit international réduit à une rhétorique, plutôt qu’à un cadre effectif de régulation des relations entre États.
A l´heure où les véléités impérialistes de Donald Trump visent l´Iran, le Cuba, le Groenland et le Mexique, l´exemple du Venezuela pose enfin une question plus large. Le droit international empêche-t-il encore l’hégémonie des États les plus puissants ou est-il déjà devenu l’expression moderne de l’état de nature, où seules comptent la force, la dissuasion et les alliances ?
Tant que les institutions multilatérales resteront incapables de faire respecter leurs propres normes face aux actions unilatérales des puissances dominantes, ces interrogations continueront de hanter la conscience des nations qui aspirent à un ordre mondial plus juste. Fin