Libre circulation en Afrique de l’Ouest : le GF2D bâtit des frontières plus humaines

Photo de famille

Face aux défis persistants qui entravent la libre circulation dans l’espace CEDEAO, le Groupe de Réflexion et d’Action Femme Démocratie et Développement (GF2D) a réuni, à Lomé ce jeudi 28 mai pour deux jours, trente acteurs frontaliers (Aflao, Sanvicondji et Cinkassé) pour un atelier de renforcement de capacités consacré à l’appropriation des instruments juridiques communautaires et à l’amélioration des pratiques aux frontières. Une initiative soutenue par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et la CEDEAO, qui s’inscrit dans une dynamique régionale de sécurisation des mobilités et de promotion d’un commerce transfrontalier plus équitable.

Des frontières encore marquées par les tracasseries et les pratiques abusives

Si la CEDEAO a posé depuis plusieurs décennies les fondements juridiques de la libre circulation des personnes et des biens, la réalité du terrain demeure contrastée. Les postes frontaliers restent des espaces où se cumulent obstacles administratifs, contrôles multiples, extorsions, harcèlement et méconnaissance des droits.

Les femmes commerçantes, qui assurent près de 74 % du commerce transfrontalier informel, sont les premières victimes de ces dérives. Elles subissent à la fois la précarité économique, l’absence d’information juridique et des pratiques non conformes qui fragilisent leur mobilité et leur sécurité.

Pour Mme Gina Adékambi, Directrice Exécutive du GF2D, cette situation est intenable :

« Les frontières devraient être des espaces d’intégration et non de tracasseries. Les femmes commerçantes sont des piliers de l’économie informelle de la CEDEAO, mais elles demeurent les plus vulnérables. »

A gauche, Gina Adekambi, DE du GF2D, à droite M. Koulekpoto, 3è Adjt au maire de la commune Golfe 2

Un diagnostic sans équivoque : manque d’information, communication défaillante et vulnérabilités accrues

Avant l’atelier, un diagnostic a été mené sur trois postes frontaliers — Aflao, Sanvicondji et Cinkassé. Les conclusions sont claires : les migrants connaissent peu leurs droits, les acteurs frontaliers manquent d’outils pour communiquer efficacement, des pratiques d’extorsion persistent, alimentées par l’asymétrie d’information et les procédures communautaires sont mal maîtrisées, tant par les usagers que par certains agents.

Ces constats ont guidé la conception de l’atelier, structuré autour de deux axesen l’occurrence la validation du diagnostic sur les besoins des personnes migrantes et déplacées et le renforcement des connaissances juridiques sur la libre circulation, les règles commerciales, les procédures douanières simplifiées et les mécanismes de lutte contre la corruption.

Alain Batadjaga, Chargé de programmes du GF2D

Une approche de solution portée par le GF2D : former, responsabiliser et transformer les pratiques

L’atelier, animé par des experts de la CEDEAO et des consultants spécialisés, vise à doter les acteurs frontaliers d’outils concrets pour améliorer l’accueil, l’information et l’accompagnement des migrants.

M. Alain Batadjaga, chargé de programmes au GF2D, rappelle l’enjeu central :

« L’objectif n’est pas de former les migrants, mais de renforcer les capacités des acteurs frontaliers afin qu’ils puissent mieux informer, orienter et protéger les personnes en déplacement. »

Les participants seront outillés sur les droits liés à la libre circulation, les procédures douanières simplifiées, l’éthique et la communication aux frontières, la prévention de la corruption et des pratiques abusives, ainsi que l’analyse genre et les besoins spécifiques des personnes migrantes.

Cette approche vise à instaurer un environnement frontalier plus humain, plus transparent et conforme aux normes communautaires.

Un engagement institutionnel salué par les autorités locales

Présidant l’ouverture des travaux, M. Koulekpoto, troisième adjoint au maire de la commune Golfe 2, a souligné l’importance stratégique de cette initiative :

« L’intégration régionale repose sur un espace économique fluide où chaque citoyen peut circuler en toute sécurité. Mais la mise en œuvre des instruments juridiques demeure inégale. Cet atelier apporte des réponses concrètes à ces insuffisances. »

Il a également rappelé l’engagement des autorités togolaises à promouvoir des pratiques frontalières conformes aux standards régionaux et respectueuses des droits humains.

Vue partielle des participants

Un impact attendu : des frontières plus sûres, plus équitables et plus humaines

En renforçant les compétences des acteurs frontaliers, le GF2D contribue à réduire les tracasseries et les abus et améliorer la qualité des interactions entre agents et migrants. Il s’agit aussi de sécuriser les mobilités, notamment celles des femmes commerçantes, d’harmoniser les pratiques avec les normes CEDEAO et de renforcer l’intégration régionale par le bas, au plus près des réalités quotidiennes.

Mme Gina Adékambi dans son approche, a exhorté les participants à devenir, à juste titre, des relais de transformation :

« Vous êtes les premiers ambassadeurs d’une intégration régionale réussie. Ce que vous apprendrez ici doit se traduire en pratiques concrètes au service de la dignité et de l’équité. », a-t-elle lancé.

Vers des frontières qui protègent sans exclure

En initiant cet atelier, le GF2D confirme son rôle de catalyseur de changement dans la gouvernance des mobilités en Afrique de l’Ouest. L’organisation démontre qu’une intégration régionale effective ne peut se construire sans des acteurs frontaliers formés, responsables et engagés à défendre les droits des usagers.

À terme, cette démarche pourrait contribuer à transformer les frontières togolaises — et, par extension, celles de la région — en espaces de confiance, d’opportunité et de respect mutuel. Fin

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