
Il y a des partenariats qui relèvent de la routine institutionnelle, et d’autres qui portent en germe un changement de regard. Celui signé le 1er juillet entre l’Université de Kara et Bluemind Foundation appartient sans doute à la seconde catégorie. Pendant cinq ans, les deux structures uniront leurs efforts pour faire reculer un mal encore largement tu au Togo : la souffrance psychique.

Des salons de coiffure comme premiers points d’écoute
Avant même la signature officielle de l’accord, un événement donnait le ton. Le 29 juin, le campus Nord de Kara lançait la sixième édition de Heal by Hair — un programme dont l’originalité mérite qu’on s’y arrête. L’idée : former des coiffeuses à repérer les signes de détresse psychologique chez leurs clientes. Un pari qui n’a rien d’anecdotique tant le salon de coiffure, lieu de confidences par excellence, se prête naturellement à ce rôle d’écoute informelle. Derrière cette initiative portée par Bluemind Foundation, une conviction : la prévention en santé mentale ne se joue pas seulement dans les cabinets médicaux, mais aussi dans les espaces du quotidien.
Une fondatrice qui a transformé l’épreuve en engagement
L’histoire de Bluemind Foundation ne peut se raconter sans évoquer celle de sa fondatrice. Marie-Alix de Putter a créé l’organisation en 2021, après avoir elle-même traversé traumatisme, dépression et anxiété. De cette expérience personnelle est née une conviction devenue slogan : la santé mentale, c’est la santé. Depuis Lomé, avec des antennes à Douala et Paris, la fondation s’attache à déloger les tabous qui entourent encore ces questions sur le continent.

Une université qui élargit son terrain d’action
Pour l’Université de Kara, créée en 2004, ce partenariat s’inscrit dans une trajectoire plus large. Sa Vision 2030 la pousse à sortir du strict cadre académique pour s’attaquer aux défis sociétaux qui touchent directement les populations. En misant sur la santé mentale — sujet longtemps resté à la marge des priorités de santé publique en Afrique de l’Ouest — l’institution choisit un terrain difficile mais nécessaire.

Au-delà des symboles, un pari sur la durée
Reste la question de fond : que produira concrètement cet accord de cinq ans ? Formations professionnalisantes, recherches adaptées au contexte africain, orientation des politiques publiques — les ambitions affichées sont nombreuses. Leur traduction en résultats tangibles dépendra de la capacité des deux partenaires à inscrire cette dynamique dans la durée, au-delà de l’effet d’annonce que produit toute signature de convention.
Ce qui frappe, dans cette double séquence du 29 juin et du 1er juillet, c’est la cohérence d’une approche qui mêle le symbolique — des coiffeuses formées à l’écoute — et le structurel — un partenariat académique pérenne. À Kara, la santé mentale ne se contente plus d’être un sujet tabou : elle devient, timidement mais concrètement, un objet de politique publique. Fin
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