
Il y a des gestes qui, sans faire de bruit, changent le quotidien d’une communauté entière. C’est ce qui s’est joué ce lundi 3 août 2026 à Kévé Edzi, localité de la préfecture de Kévé, dans la région Maritime, où l’association Amour, Foi, Succès, Liberté (AFSL), présidée par Madame Stéphanie Avocevou, a lancé officiellement son Programme KAFUI — une double action qui conjugue autonomisation économique des femmes et réhabilitation du centre de santé local.
Un territoire où la précarité se conjugue au féminin
Kévé Edzi porte, comme beaucoup de localités rurales togolaises, les stigmates d’une précarité qui pèse en priorité sur les femmes. Absence de capital pour démarrer une activité, difficultés à transporter marchandises et récoltes, dépendance économique fragilisant des ménages entiers, centre de santé délabré privant les habitants de soins essentiels : c’est ce constat, à la fois économique et sanitaire, qui a motivé la conception du Programme KAFUI par l’AFSL. Le nom choisi — qui évoque la gratitude et la solidarité — n’est pas anodin : il résume l’esprit d’un dispositif pensé pour répondre simultanément à plusieurs urgences plutôt que de traiter isolément chaque symptôme de la pauvreté.

Un mécanisme de financement pensé pour durer
Le cœur du programme repose sur un fonds de démarrage rotatif : un capital initial est confié à un premier groupe de dix femmes pour lancer ou relancer une activité — commerce, agriculture, petit élevage, transformation alimentaire. Les bénéfices générés restent acquis aux bénéficiaires, tandis que le capital de départ est ensuite réalloué à d’autres groupes de femmes, dans une logique de chaîne de solidarité destinée à démultiplier l’impact du programme sans le limiter à une poignée de foyers.
À ce dispositif financier s’ajoutent deux leviers concrets : la remise de deux tricycles, destinés à lever l’obstacle du transport des marchandises et des récoltes — un frein souvent sous-estimé mais déterminant pour l’activité économique en zone rurale — et l’accompagnement des bénéficiaires vers leur adhésion à l’Assurance Maladie Universelle pour les Travailleurs Non Salariés (AMU-TNS) de la CNSS, afin de leur garantir une couverture sanitaire durable.

La santé, préalable indissociable de l’autonomie
En marge du volet économique, l’AFSL s’est engagée à réhabiliter le Centre de Santé d’Edzi, actuellement dans un état de dégradation avancée. Le choix d’associer cette réhabilitation au programme d’autonomisation traduit une conviction assumée par l’association : la santé et l’indépendance économique des femmes sont indissociables, une femme ne pouvant développer durablement une activité si elle-même ou ses enfants n’ont pas accès à des soins de base.
Une reconnaissance communautaire qui dépasse le symbole
L’accueil réservé à cette double initiative témoigne de son impact ressenti sur le terrain. Porte-parole des bénéficiaires, Madame Akota Aku Kekeli a exprimé, au nom des cinquante femmes concernées, sa gratitude envers la présidente de l’AFSL pour ce financement qui leur permet de relancer leurs activités économiques, tout en saluant l’accompagnement vers la couverture sanitaire et le démarrage des travaux du centre de santé. Un engagement en retour a été formulé : celui de travailler avec sérieux pour assurer la pérennité du programme.
Signe le plus manifeste de cette reconnaissance locale, le chef du village, Togbui Ahiatroga, a élevé la présidente de l’AFSL au rang de Reine-Mère d’Edzi, une distinction traditionnelle rendant hommage à l’ensemble de son action, passée et présente, en faveur de la communauté.
Une vision portée par une expérience bancaire
Interrogée sur la philosophie du programme, Madame Stéphanie Avocevou a insisté sur sa vocation première : offrir aux femmes rurales à faible revenu, souvent marginalisées par le système bancaire classique, la possibilité de constituer progressivement une capacité financière propre. Fort de son expérience d’économiste et d’ancienne cadre bancaire, elle rappelle que l’accès au crédit reste particulièrement difficile pour les personnes ne disposant ni d’épargne ni d’historique bancaire — un obstacle que le fonds rotatif de KAFUI ambitionne précisément de contourner, en permettant aux bénéficiaires les plus déterminées de bâtir, à terme, les conditions d’accès aux banques et aux institutions de microfinance.

Une association déjà engagée sur plusieurs fronts
Ce lancement s’inscrit dans la continuité de l’action de l’AFSL, organisation togolaise à but non lucratif dont les domaines d’intervention couvrent la santé — notamment l’autisme et le handicap —, l’autonomisation des femmes, les droits humains et l’éducation inclusive. L’association s’est notamment fait connaître à travers des campagnes de sensibilisation à l’autisme, des consultations spécialisées et le soutien aux familles vulnérables via son initiative « Cercle des mamans ».
Un modèle appelé à essaimer
Au-delà du cas de Kévé Edzi, le Programme KAFUI est annoncé comme une expérience pilote destinée à s’étendre à d’autres localités togolaises. Sa réussite reposera sur un équilibre délicat mais éprouvé ailleurs sur le continent : la discipline des bénéficiaires dans la gestion du fonds rotatif, la fiabilité du suivi assuré par l’association, et la capacité du dispositif à générer, au-delà du premier cercle de dix femmes, un effet d’entraînement durable sur l’ensemble de la communauté. C’est à cette aune que se mesurera, dans les mois à venir, la portée réelle de cette initiative qui entend faire de la solidarité un levier d’émancipation économique. Fin
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