
Il y a des gestes qui paraissent modestes et qui, pourtant, redessinent des trajectoires de vie. Distribuer un cahier, un stylo, un sac à une jeune fille peut sembler anodin ; c’est en réalité, pour des milliers d’entre elles, la différence entre franchir le seuil d’une salle de classe ou rester à la maison. C’est ce pari, à la fois simple et profondément politique, que le Togo a réaffirmé ce mercredi 9 septembre 2026 à Blitta Gare, en lançant la seconde édition de sa campagne nationale de distribution de kits scolaires au bénéfice des jeunes filles.
Quand une fourniture scolaire devient un rempart contre la déscolarisation
Il faut se garder de réduire cette initiative à un geste de générosité ponctuelle. Derrière chaque kit distribué se joue une bataille silencieuse, celle que livrent chaque année des milliers de familles togolaises, en particulier dans les zones rurales, contre le renoncement scolaire. Car c’est souvent moins l’envie d’apprendre qui manque aux jeunes filles que les moyens matériels de la soutenir : un cahier qu’on ne peut acheter, un sac usé qu’on n’a pas remplacé, autant de détails qui, mis bout à bout, précipitent des abandons scolaires évitables.

En prenant en charge une partie de ces fournitures essentielles, le projet SWEDD+ Togo — porté par le Projet d’Autonomisation des Femmes et du Dividende Démographique, financé par la Banque mondiale avec l’appui technique du Fonds des Nations unies pour la population — s’attaque directement à cette fragilité économique. Plus de 150 000 kits scolaires seront ainsi distribués à des élèves du primaire, du collège et du lycée, dans 1 500 localités réparties sur l’ensemble du territoire togolais. Une échelle qui dit, à elle seule, l’ambition du dispositif : ne laisser aucune région à l’écart de cet effort national.
Une cérémonie, un symbole
La cérémonie de lancement, présidée par Dr Sandra Ablamba Johnson, ministre, Secrétaire générale de la Présidence du Conseil et Gouverneur de la Banque mondiale pour le Togo, au nom du Président du Conseil Faure Gnassingbé, portait en elle une conviction assumée : celle qu’investir dans la scolarisation des filles ne relève pas de la charité, mais de la construction d’un avenir national.
« Donner à une fille la chance, comme un garçon, d’aller à l’école, d’y apprendre, de réussir et de rêver grand, c’est préparer l’avenir de notre pays », a-t-elle résumé, formule qui condense à elle seule la philosophie du projet : l’égalité des chances scolaires comme investissement collectif, et non comme simple faveur individuelle.
Récompenser le mérite pour nourrir l’ambition
Le projet ne se limite pas à combler un manque ; il cherche également à cultiver l’excellence. Dans chaque canton bénéficiaire, les dix meilleures élèves au Certificat d’Études du Premier Degré, au Brevet d’Études du Premier Cycle et en classe de première du Baccalauréat seront distinguées — soit trente lauréates récompensées à cette échelle locale.

Leur prix : un sac équipé d’un panneau solaire, fabriqué par une main-d’œuvre locale, qui leur offrira une source de lumière pour étudier après la tombée de la nuit. Deux mille de ces sacs seront ainsi distribués, transformant un simple accessoire scolaire en outil concret de continuité des apprentissages, y compris dans les foyers non raccordés à l’électricité.
Ce choix mérite d’être souligné : en associant soutien matériel et reconnaissance du mérite, le dispositif envoie un double message aux jeunes filles togolaises — celui d’un accompagnement inconditionnel pour les plus vulnérables, et celui d’une valorisation explicite pour celles qui excellent, quelle que soit leur origine géographique ou sociale.
Une ambition qui dépasse la rentrée scolaire
Ce programme s’inscrit dans un cadre bien plus vaste que la seule distribution annuelle de fournitures. Approuvé en septembre 2023 pour un montant de 62,5 millions de dollars, soit environ 37,5 milliards de FCFA, le SWEDD+ Togo vise, à terme, à accompagner plus d’un million de filles et de femmes togolaises, à travers trois leviers complémentaires : le maintien scolaire, l’autonomisation économique et l’accès à des services essentiels.
La distribution de kits scolaires n’en constitue donc que la porte d’entrée la plus visible, celle qui touche les élèves dès leur plus jeune âge, avant que les inégalités économiques et sociales n’aient eu le temps de refermer, pour certaines, les portes de l’école.
Semer aujourd’hui la génération de demain
En misant sur l’éducation des filles, le Togo ne se contente pas de répondre à une urgence matérielle immédiate. Il pose les fondations d’une transformation plus lente, mais autrement plus déterminante : celle d’une génération de femmes instruites, autonomes et outillées pour participer pleinement à la vie économique et sociale du pays.
Un cartable distribué à Blitta ce mercredi ne pèse, en apparence, que quelques fournitures scolaires. Il porte pourtant, en creux, la promesse d’un Togo où l’avenir d’une fille ne dépendra plus du hasard de sa naissance, mais de ses seuls talents et de sa seule détermination. Fin
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