Togo: le littoral reprend du terrain sur l’océan

C’est sans doute l’un des combats environnementaux les plus visibles et les plus anciens menés par l’État togolais : celui contre l’érosion qui, depuis des décennies, grignote inexorablement le littoral de la région Maritime. Le Projet d’investissement et de résilience des zones côtières en Afrique de l’Ouest (WACA ResIP), financé par la Banque mondiale, affiche aujourd’hui un bilan d’étape que les autorités présentent comme encourageant : 51 % de taux d’exécution physique et 43 % d’exécution financière, selon la dernière évaluation du comité de pilotage.

Sur le terrain, ces pourcentages se traduisent par des ouvrages concrets. Vingt-deux épis — ces lignes de roches installées perpendiculairement au rivage pour freiner les courants et limiter le déplacement des sédiments — ont été achevés avec rechargement des casiers, le comblement des bras morts lagunaires est terminé, et dix hectares de cocoteraies ont été reboisés. Sur le seul tronçon de sept kilomètres reliant Gbodjomé à Agbodrafo, les travaux sont conduits par l’entreprise néerlandaise Boskalis, sous la supervision du cabinet d’ingénierie INROS LACKNER — deux acteurs spécialisés dans les infrastructures maritimes à l’échelle internationale, signe du niveau d’expertise technique mobilisé pour un chantier aussi exposé aux aléas climatiques que celui de la lutte contre l’érosion côtière.

L’enjeu de ce projet dépasse largement la seule protection physique du trait de côte. Le littoral togolais concentre à lui seul environ 2,3 millions d’habitants, tandis que 70 % des activités économiques du pays sont liées à sa façade maritime, dont l’État tire plus de 75 % de ses recettes fiscales. L’érosion côtière avait coûté, en 2017, 213 millions de dollars au pays, soit 4,4 % de son PIB — un rappel brutal de ce que représente, en termes économiques, l’inaction face à ce phénomène. Chaque hectare de côte stabilisé, chaque épi achevé, se lit donc aussi comme une protection directe des routes, des terres agricoles, des habitations et des activités économiques qui bordent le littoral.

Si le rythme d’exécution du projet reste, à mi-parcours, en phase avec les ambitions affichées, l’écart entre le taux de réalisation physique (51 %) et le taux d’exécution financière (43 %) suggère une capacité d’absorption technique relativement efficace des financements mobilisés — un point souvent scruté de près par les bailleurs internationaux, qui conditionnent fréquemment la poursuite de leurs engagements à la démonstration d’une exécution rigoureuse des tranches précédentes. Reste, à plus long terme, l’équation la plus difficile à résoudre : celle d’un littoral dont la vulnérabilité structurelle face à la montée des eaux et à l’intensification des tempêtes ne se règle pas définitivement par une succession de chantiers, aussi bien exécutés soient-ils, mais appelle une vigilance et des investissements qui devront se poursuivre bien au-delà de l’achèvement du projet actuel. Fin

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