Kpalimé, laboratoire de la foire Adjafi avant Lomé

Avant d’être une foire, Adjafi est un cheminement. Née à Lomé en 2012 comme un événement encore modeste dédié aux jeunes entrepreneurs togolais, elle s’est imposée, édition après édition, comme la plateforme de référence de l’entrepreneuriat national. Quatorze ans plus tard, c’est à Kpalimé, loin de son site historique du lycée d’Agoè-Nyivé, que s’ouvre ce mercredi le prologue de sa 14ᵉ édition : un forum de deux jours consacré à l’agro-transformation, placé sous un thème qui a valeur de programme — « Moderniser, financer et certifier pour transformer localement et exporter ».

Un choix de lieu qui n’a rien d’anodin

Que la capitale togolaise du café et du cacao accueille ce coup d’envoi n’est pas un hasard de calendrier. Kpalimé, cœur battant de l’agriculture de la région des Plateaux, incarne à elle seule la promesse et les limites de l’agro-transformation togolaise : une terre généreuse en matières premières, mais dont la valeur ajoutée continue, trop souvent, d’échapper aux producteurs locaux faute d’outils de transformation, de financement ou de certification suffisants. En y implantant ce forum, les organisateurs de la Foire Adjafi affichent une intention claire : ancrer la réflexion sur la transformation locale au plus près de ceux qui la vivent au quotidien, avant de la porter, du 20 août au 6 septembre, sur la grande scène du site d’Agoè-Nyivé à Lomé.

Deux journées pour poser un diagnostic et esquisser des solutions

Le programme des travaux, dense, se veut avant tout un exercice de lucidité collective. La première journée sera consacrée à un état des lieux du secteur, aux opportunités d’investissement qu’il recèle, ainsi qu’aux mécanismes de financement disponibles pour les porteurs de projets — trois angles qui, mis bout à bout, dressent le portrait d’une filière consciente de son potentiel mais encore freinée par des obstacles bien identifiés : accès au capital, modernisation des équipements, respect des normes de qualité exigées par les marchés extérieurs. Une exposition accompagnera ces échanges, offrant aux visiteurs une première vitrine des savoir-faire locaux.

La question de la norme et de la certification, en particulier, occupera une place de choix dans les discussions — un signe des temps pour une jeunesse entrepreneuriale togolaise désormais tournée vers l’exportation continentale, à l’heure où la Zone de libre-échange continentale africaine impose ses propres exigences de qualité et de conformité à quiconque ambitionne de dépasser les frontières nationales.

Un panel à la croisée des institutions et du terrain

La seconde journée prendra la forme d’un grand panel réunissant des représentants du ministère du Commerce, du ministère de l’Agriculture, de l’Agence nationale de promotion et de garantie de financement (ANPGF), appuyée par la coopération allemande GIZ, de l’Agence de développement des très petites et moyennes entreprises (ADTPME), ainsi que de l’Institut togolais de recherche agronomique (ITRA). Cette pluralité d’acteurs, qui va de l’institution publique au chercheur en passant par l’organisme d’accompagnement financier, dessine une ambition claire : mettre autour d’une même table ceux qui financent, ceux qui régulent, ceux qui innovent scientifiquement et ceux qui, sur le terrain, transforment concrètement la matière première en produit fini. Les promoteurs de très petites et moyennes entreprises y prendront également la parole, apportant à ces échanges institutionnels le contrepoint indispensable de l’expérience vécue.

Adjafi, ou l’art de faire grandir une génération d’entrepreneurs

Devenue au fil des ans le rendez-vous incontournable des jeunes entrepreneurs togolais, la Foire Adjafi a construit sa légitimité sur une trajectoire cohérente : après avoir successivement mis l’accent sur la qualité et l’innovation, sur la conquête des marchés continentaux ouverts par la ZLECAF, puis, l’an dernier, sur l’amélioration du packaging des produits togolais pour renforcer la compétitivité des petites entreprises, l’événement s’attaque cette année à un maillon plus en amont de la chaîne de valeur : la transformation elle-même. Cette progression thématique n’a rien d’improvisé — elle correspond à une montée en exigence progressive, où chaque édition vient combler un chaînon manquant de la compétitivité des entrepreneurs togolais sur les marchés africains.

Le pari est ambitieux, mais l’assise l’est tout autant : la dernière édition avait réuni plus de trois cents exposants et attiré, en moyenne, huit mille visiteurs par jour, confirmant l’ancrage populaire d’un événement qui a su, en quatorze ans, dépasser le simple statut de foire commerciale pour devenir un espace de formation, de réseautage et de dialogue entre générations d’entrepreneurs. En ouvrant sa nouvelle édition par un forum consacré à l’agro-transformation, plutôt que par la foire elle-même, les organisateurs semblent vouloir rappeler une évidence trop souvent oubliée : avant de vendre, encore faut-il transformer — et transformer bien. Fin

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