
Bissau aura été, du 19 au 21 août 2026, le théâtre d’un exercice rare dans l’espace sanitaire ouest-africain : celui d’un État acceptant de servir de premier laboratoire à une politique conçue à l’échelle régionale. Réunis à l’invitation de l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS) et du ministère bissau-guinéen de la Santé publique, représentants gouvernementaux, institutions nationales, société civile et partenaires techniques ont posé, durant trois jours, les fondations d’une mise en œuvre concrète de la Politique Régionale de Santé Communautaire (PRSC) de la CEDEAO.

Un privilège qui engage
Le Directeur Général de l’OOAS, Dr Melchior Athanase Joël C. Aïssi, n’a pas manqué de souligner la portée symbolique du moment : la Guinée-Bissau devient le tout premier État membre de la CEDEAO à accueillir une mission d’engagement pour cette nouvelle politique, ouvrant ainsi la marche à l’ensemble de la région. Mais ce privilège, a-t-il pris soin de préciser, n’a rien d’honorifique. L’atelier de Bissau ne constitue pas un exercice de réflexion supplémentaire venant s’ajouter à une longue liste de rencontres régionales sans lendemain : il inaugure, selon ses propres termes, le véritable point de départ de l’opérationnalisation de la PRSC — une politique fondée sur l’appropriation nationale, la coordination multisectorielle et une répartition claire des responsabilités entre les parties prenantes.

La responsabilité renvoyée à Bissau
Ce message s’est accompagné d’une clarification essentielle sur le rôle de l’institution régionale elle-même. L’OOAS a réaffirmé sa disponibilité à accompagner, conseiller et faciliter le processus, mais s’est refusée à en assumer la conduite : celle-ci revient à la Guinée-Bissau seule. Une répartition des rôles qui n’a rien d’anodin dans un continent où les politiques sanitaires régionales échouent souvent, non faute de volonté technique, mais par défaut d’appropriation nationale durable une fois les bailleurs et les experts régionaux repartis.

L’agent de santé communautaire, maillon revendiqué
C’est précisément sur ce terrain de l’appropriation que le ministre bissau-guinéen de la Santé publique, le Commodore Dr Quinhin Nantote, a construit son intervention. Pour lui, investir dans la santé communautaire ne relève ni du choix accessoire ni de l’expérimentation : il s’agit d’une nécessité et d’une priorité nationale assumées. Le ministre a particulièrement insisté sur le rôle des Agents de Santé Communautaire (ASC), présentés comme le lien vivant entre un système de santé souvent concentré dans les centres urbains et des populations reléguées dans des zones reculées, difficiles d’accès, où la présence sanitaire institutionnelle demeure ténue.

Une méthode de travail, pas seulement une déclaration d’intention
Loin de se limiter à des discours d’ouverture, les trois journées de travail ont mêlé présentations techniques, discussions en plénière et ateliers pratiques consacrés aux textes fondateurs de la politique régionale — normes, principes, guide d’orientation, outils destinés aux agents de terrain. Les participants s’y sont notamment attelés à l’élaboration de plans d’action budgétisés par domaines d’intervention prioritaires, et à l’examen concret des mécanismes appelés à soutenir la politique sur la durée : plateforme régionale d’information communautaire, mécanisme national de coordination, prochaines étapes de déploiement.

Gabú et Oio, premiers territoires d’épreuve
Au terme de cet exercice, un choix concret s’est imposé : les régions de Gabú et d’Oio serviront de zones pilotes pour la mise en œuvre de la politique en Guinée-Bissau. Ce choix marque le passage d’un cadre stratégique, souvent abstrait dans sa formulation régionale, à une réalité territoriale précise, où l’implication des autorités locales et des communautés elles-mêmes devient déterminante. C’est là, sur le terrain, que se mesurera la capacité de la politique à produire des effets tangibles sur l’accès aux soins des populations les plus vulnérables.

Un test pour l’ensemble de la sous-région
Au-delà du cas bissau-guinéen, cette initiative pilote revêt une portée qui dépasse les frontières nationales. En choisissant d’accompagner un premier État dans l’opérationnalisation concrète de sa Politique Régionale de Santé Communautaire, l’OOAS s’engage également, en creux, sur sa propre capacité à transformer un cadre stratégique régional en résultats mesurables. Le succès — ou les difficultés — de l’expérience menée à Gabú et à Oio constituera vraisemblablement une référence pour les autres États membres de la CEDEAO appelés, à leur tour, à s’engager dans cette même dynamique de rapprochement des services de santé vers les communautés. Fin
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