Au Togo, la parité politique se prépare aussi dans les salles de formation

Un chiffre suffit à mesurer le chemin qu’il reste à parcourir : les femmes représentent 51 % de la population togolaise selon le RGPH-5 de 2022, mais n’occupaient que 18,6 % des sièges parlementaires à l’issue des législatives de 2024. C’est ce décalage persistant entre poids démographique et pouvoir de décision que le Groupe de réflexion et d’action Femme, Démocratie et Développement (GF2D) s’est efforcé de combattre à sa manière, en réunissant à Lomé, les 26 et 27 août 2026, vingt-cinq jeunes filles issues d’associations locales pour une formation de deux jours au leadership politique, organisée avec l’appui de la Fondation Hanns Seidel.

Une sous-représentation qui résiste aux avancées

Les données rassemblées par l’organisation dessinent une trajectoire en dents de scie plutôt qu’une progression linéaire. Certes, la proportion de femmes au Parlement est passée à un peu plus de 20 % en 2025, soit 24 parlementaires sur 111. Mais cette embellie relative masque un recul plus préoccupant au sein de l’exécutif : le gouvernement comptait près d’un tiers de femmes en 2024, contre seulement cinq sur vingt-sept membres en 2025. À l’échelle locale, la situation demeure plus fragile encore, avec environ 15 % de femmes parmi les conseillers municipaux et régionaux et 20 % de gouvernorats occupés par des femmes — une progression lente au regard des 16 % déjà enregistrés dans les conseils municipaux en 2019, malgré les mesures incitatives déployées depuis.

Investir la formation plutôt que d’attendre le changement

Face à ce constat, le GF2D a fait le choix de ne pas se limiter au plaidoyer institutionnel, en misant directement sur l’outillage des jeunes filles elles-mêmes. Pour Gina Adékambi, Directrice exécutive de l’organisation, le renforcement du leadership politique des jeunes filles constitue une priorité stratégique, indispensable pour consolider la démocratie participative et préparer une nouvelle génération de femmes leaders. Une approche qui part d’un postulat simple : la représentation ne progresse durablement que si celles qui aspirent à occuper ces postes disposent, en amont, des compétences et de la confiance nécessaires pour s’y imposer.

Trois piliers pour armer une nouvelle génération

Le programme de formation s’est construit autour de trois thématiques complémentaires. La gouvernance interne et le leadership organisationnel visent à doter les participantes des compétences fondamentales de gestion et d’animation de structures collectives. L’éthique publique et l’intégrité institutionnelle abordent les exigences déontologiques attachées à l’exercice de responsabilités publiques. La prévention des violences basées sur le genre en politique, associée à la cybersécurité, répond quant à elle à une réalité souvent tue : les obstacles auxquels se heurtent les femmes engagées en politique ne sont pas seulement institutionnels, mais aussi liés à des formes de harcèlement, y compris numérique, qui découragent bien des vocations. Ces modules ont été animés par des experts du domaine, parmi lesquels le sociologue et consultant Akpamasji Gafarou, reconnu pour son expertise en matière d’équité de genre.

Des ambitions mesurables

Les organisateurs ne se sont pas contentés d’une intention généreuse : ils ont fixé des objectifs chiffrés à l’atelier. Il est attendu que 95 % des participantes déclarent avoir acquis de nouvelles connaissances, que 90 % se sentent mieux préparées à s’impliquer dans la vie politique, et que 85 % s’engagent à retransmettre ces acquis au sein de leurs communautés. Cette volonté de mesurer l’impact traduit une approche qui se veut moins symbolique qu’opérationnelle, où chaque session de formation doit produire des effets identifiables au-delà du cercle restreint des participantes.

Un enjeu qui dépasse le cadre national

Cette initiative résonne avec les engagements internationaux souscrits par le Togo, notamment l’Objectif de Développement Durable n° 5 relatif à l’égalité des sexes et l’Objectif n° 16 portant sur des institutions inclusives. Mais la route vers ces objectifs demeure semée d’obstacles bien identifiés : pesanteurs socioculturelles, accès limité aux financements, formation insuffisante en leadership et marginalisation persistante des jeunes filles dans les espaces de décision — autant de freins qu’une formation de deux jours ne saurait, à elle seule, dissoudre.

Une pierre parmi d’autres dans un édifice à bâtir

En choisissant d’investir directement dans la formation d’une relève féminine, le GF2D ne prétend pas résoudre à lui seul le déficit de représentation politique des femmes togolaises. Mais cette session de Lomé s’inscrit dans une stratégie de long terme, où chaque génération de jeunes filles formées et outillées constitue un maillon supplémentaire vers une gouvernance locale et nationale plus inclusive — un pari sur le temps long, dont les effets ne se mesureront pleinement que dans les scrutins et les nominations à venir. Fin

Pour ne rien manquer de l’actualité, veuillez intégrer le groupe WhatsApp via…

https://chat.whatsapp.com/BTK9Xr8h6Ax6Js3xI7xrcQ?mode=wwt

Vous pouvez aussi vous abonner gratuitement à la chaîne par le lien…

https://whatsapp.com/channel/0029VbBrdovGE56j1Aj6qm28

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *