
La lutte contre la fraude dans le secteur des bâtiments et travaux publics ne peut reposer sur les seuls dirigeants. Elle doit également s’ancrer dans les pratiques quotidiennes de ceux qui constituent la chaîne opérationnelle des entreprises. C’est tout le sens de la rencontre de sensibilisation organisée vendredi 11 septembre à l’IFAD Bâtiment d’Adidogomé par le Groupement National des Entrepreneurs des Bâtiments et Travaux Publics (GNEBTP), avec l’appui de NSIA Togo. Une initiative qui entend faire de chaque collaborateur un acteur de la préservation de l’intégrité, des ressources et de la réputation de son entreprise.
Changer les comportements en partant de la base
« Chaque collaborateur compte : prévenir la fraude, assumer ses responsabilités et protéger les ressources de l’entreprise ». Le thème retenu pour cette rencontre résume à lui seul l’approche défendue par le GNEBTP : faire de la prévention une responsabilité collective.
Après avoir engagé des actions de sensibilisation auprès des dirigeants d’entreprises, le groupement a choisi de s’adresser directement aux collaborateurs. Une orientation qui part d’un constat simple : les irrégularités peuvent se jouer à différents niveaux de la chaîne de fonctionnement d’une entreprise, notamment dans la préparation des dossiers, la gestion des ressources ou encore le suivi des chantiers.
Pour le président du GNEBTP, Yawo Agbessi Tsogbé, cette responsabilisation est d’autant plus nécessaire que les conséquences des manquements dépassent souvent la seule personne qui en est directement à l’origine.
« Les sanctions frappent souvent les dirigeants, mais ce sont les collaborateurs qui montent les dossiers et parfois manipulent les appels d’offres », a-t-il relevé, soulignant les lourdes conséquences qu’une suspension peut entraîner pour une entreprise et ses employés.
L’enjeu, pour le groupement, est donc d’amener chaque acteur à mesurer la portée de ses actes et à comprendre que l’intégrité professionnelle constitue une responsabilité individuelle autant qu’une exigence collective.
Quand la vigilance de chacun protège l’entreprise
Les échanges ont notamment porté sur les risques liés à la fraude documentaire dans les procédures de commande publique. Falsification de pièces, usage de documents irréguliers ou manipulation d’informations sont autant de pratiques susceptibles d’exposer les entreprises à des sanctions.
Mais la sensibilisation ne s’est pas limitée aux documents administratifs. La question de la gestion des chantiers et de la qualité des ouvrages a également occupé une place importante dans les discussions.
Le GNEBTP établit en effet un lien entre la bonne gouvernance interne, la protection des ressources et la qualité des infrastructures livrées. Les détournements ou pertes de matériaux, par exemple, peuvent avoir des répercussions sur les coûts, les délais et, à terme, sur la qualité des réalisations.
Dans cette perspective, les collaborateurs sont appelés à adopter une attitude de vigilance et à signaler les pratiques susceptibles de compromettre les intérêts de leur entreprise. L’objectif est de rompre avec une culture du silence et d’encourager une responsabilité active au sein des équipes.
Donner aux collaborateurs les moyens de reconnaître les risques
Pour transformer la sensibilisation en réflexes professionnels, le GNEBTP a fait appel à Kossi Batchey, expert en passation des marchés publics et formateur agréé par l’ARCOP.
Autour du thème « Prévenir le faux et l’usage de faux dans la commande publique », l’expert a apporté aux participants des éclairages sur le cadre réglementaire, les différentes formes de falsification et les mécanismes de contrôle existants.
Cette dimension pédagogique constitue un élément essentiel de la démarche : il ne suffit pas d’appeler les collaborateurs à la vigilance, encore faut-il leur permettre d’identifier les situations à risque, de connaître leurs obligations et de mesurer les conséquences de leurs décisions.
Une mobilisation appelée à s’étendre à tout le pays
Pour le GNEBTP, cette rencontre constitue une étape d’une campagne qui doit dépasser la capitale. Le groupement prévoit de poursuivre la sensibilisation dans les régions des Plateaux, de la Centrale, de la Kara et des Savanes.
L’ambition est de créer progressivement une culture commune de l’intégrité au sein des entreprises du secteur. Un mécanisme de suivi doit également permettre de vérifier la diffusion et l’appropriation des messages auprès des différents collaborateurs.
Cette démarche traduit une volonté de faire de la prévention un processus permanent plutôt qu’une réaction ponctuelle aux sanctions ou aux difficultés rencontrées par les entreprises.

Les entreprises appelées à faire de l’intégrité une culture interne
Pour les participants, l’intérêt de cette démarche réside précisément dans son approche pratique. Adjaho Messan Komi, Directeur des moyens généraux de GTD SAS, estime que la formation permet de mieux outiller les responsables et leurs équipes face aux risques de fraude.
« Cette formation vient à point nommé. Elle nous donne les outils pour prévenir les fraudes et sensibiliser nos collègues à éviter l’usage de faux documents ou de faux états financiers. L’objectif est que l’État, les entreprises et la population sortent tous gagnants », a-t-il témoigné.
À travers ce type de témoignage, le GNEBTP entend inscrire la prévention dans le quotidien des entreprises : au-delà des textes et des sanctions, c’est dans les comportements professionnels de tous les jours que se construit une véritable culture d’intégrité.
NSIA Togo : accompagner un secteur exposé à de multiples risques
Partenaire de cette initiative, NSIA Togo inscrit son engagement dans une logique de sécurisation des activités du secteur des BTP.
Stéphane Sénam Akuesson, Directeur général adjoint de NSIA Togo, a rappelé l’importance stratégique du secteur et la diversité des risques auxquels sont exposées les entreprises engagées dans les travaux de construction.
Avec ses solutions d’assurance, notamment l’assurance tous risques chantier, la responsabilité civile et l’assurance décennale, le groupe entend contribuer à une meilleure maîtrise des risques financiers et techniques liés aux projets.
Cette collaboration illustre ainsi la complémentarité entre prévention des risques, protection des entreprises et développement d’un secteur BTP plus structuré.
Faire de chaque collaborateur un gardien de l’intégrité
À travers cette campagne, le GNEBTP défend finalement une conception élargie de la responsabilité en entreprise. L’intégrité ne saurait être uniquement une affaire de dirigeants ou de responsables juridiques : elle doit se refléter dans les décisions prises quotidiennement par chaque collaborateur.
Cette conviction sous-tend l’ambition affichée par le président du groupement de voir émerger des entreprises capables de s’inscrire dans la durée. « Nous voulons des sociétés qui tiennent 10 ans, 30 ans, 100 ans », a-t-il résumé.
Pour atteindre cet objectif, la pérennité financière et la performance technique ne suffisent pas. Elles doivent s’appuyer sur des pratiques professionnelles rigoureuses, une gestion responsable des ressources et une vigilance constante face aux pratiques frauduleuses.
La rencontre d’Adidogomé marque ainsi le lancement d’une dynamique qui veut placer les collaborateurs au premier rang de la prévention. Car dans le secteur des BTP, préserver l’entreprise, ses ouvrages et sa crédibilité commence aussi par un geste simple : savoir, à son niveau, dire non à l’irrégularité et agir avec responsabilité. Fin
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