
Devant les chefs d’État réunis pour le 26ᵉ sommet élargi de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS+), le Président du Conseil togolais, Faure Essozimna Gnassingbé, a livré ce 1er septembre, un plaidoyer structuré pour une réforme profonde de la gouvernance mondiale — une intervention qui dépasse le cadre protocolaire pour esquisser une véritable doctrine diplomatique togolaise face à la recomposition de l’ordre international.
Une multipolarité à ne pas idéaliser
Le cœur de l’intervention repose sur une distinction que le dirigeant togolais a pris soin de marquer : celle entre multipolarité et justice. « Le monde change, de nouveaux centres de puissance émergent, de nouvelles voix veulent être entendues », a-t-il constaté d’emblée. Mais loin d’en faire l’éloge sans nuance, il a averti que la multiplication des pôles de puissance ne garantit pas, par elle-même, davantage d’équité — elle peut tout aussi bien nourrir rivalités et rapports de force. Cette lecture lucide tranche avec les discours qui présentent souvent la fin de l’unipolarité comme une avancée en soi.
C’est précisément pour éviter cet écueil que le Chef du gouvernement togolais appelle à articuler multipolarité et multilatéralisme rénové — un cadre de règles communes capable d’empêcher la cristallisation de blocs antagonistes, et de permettre à chaque nation d’exercer librement ses choix stratégiques.

Une ONU jugée à bout de souffle
Le second axe de son discours porte sur les Nations Unies, présentées comme l’unique espace véritablement universel, mais paralysée dès lors que les grandes puissances s’opposent entre elles. La formule est nette : « Lorsque les mêmes règles semblent appliquées différemment selon les crises, leur légitimité s’affaiblit. » L’analyse rejoint un constat largement partagé sur la scène internationale, mais Faure Gnassingbé y ajoute une nuance stratégique : défendre l’ONU ne signifie pas en préserver le fonctionnement actuel, mais la transformer pour l’articuler avec l’Union africaine, l’OCS et les autres organisations régionales — une manière de repositionner les architectures régionales comme des relais légitimes de la gouvernance mondiale, plutôt que comme des concurrentes du système onusien.
La représentation africaine, fil conducteur du discours
C’est sur ce terrain que l’intervention togolaise prend tout son sens politique. Pour Faure Gnassingbé, aucun ordre mondial ne peut se prétendre juste tant que l’Afrique reste marginalisée dans les instances de décision. Son plaidoyer pour une réforme des organes de direction de l’ONU s’inscrit dans une revendication ancienne mais toujours pendante — celle d’une place africaine à la table des grandes décisions, à la mesure du rôle croissant du continent dans la stabilité internationale.

Une dimension économique assumée
Le discours ne se limite pas à la représentation institutionnelle : il porte aussi une exigence économique. Selon le dirigeant togolais, un système mondial plus équitable doit permettre aux pays du Sud de financer leur propre développement, de transformer leurs ressources et de créer de la valeur localement, plutôt que d’en exporter la matière première brute. Il a plaidé pour une diversification des partenariats — investissement productif, infrastructures, transfert de technologies, coopération régionale —, invitant l’Afrique à s’appuyer sur ses propres forces tout en resserrant ses liens avec l’Asie, l’Europe et les Amériques. Cette insistance fait écho à la présence togolaise, quelques jours plus tôt, au sommet de l’OCS proprement dit, confirmant une diplomatie assumée de diversification des alliances.
Une tribune à la mesure de l’enjeu
Le sommet de Bichkek a réuni une brochette de dirigeants représentatifs de cette recomposition mondiale : Xi Jinping, Vladimir Poutine, Narendra Modi, Alexandre Loukachenko, Shehbaz Sharif, Massoud Pezeshkian, Kassym-Jomart Tokaïev, Emomali Rahmon et Chavkat Mirzioïev, aux côtés de délégations venues d’Égypte, de Turquie, d’Azerbaïdjan, d’Arménie, de Mongolie, du Laos et du Vietnam. Cette diversité illustre l’ambition de l’OCS+ : s’imposer comme un espace de concertation entre l’Eurasie et l’Afrique, au-delà du noyau historique de l’organisation.

Une diplomatie togolaise qui cherche à peser
En portant ce plaidoyer à la tribune d’un forum largement dominé par les puissances eurasiatiques, Faure Gnassingbé a cherché à inscrire l’Afrique — et le Togo avec elle — dans les débats structurants sur l’avenir de la gouvernance mondiale, plutôt que de la laisser à la marge de discussions qui la concernent pourtant directement. Reste à savoir si ce plaidoyer, aussi cohérent soit-il sur le plan des idées, parviendra à se traduire en avancées concrètes dans des institutions où les rapports de force demeurent, précisément, l’obstacle premier que le discours dénonce. Fin
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