Dix pays à Lomé, un même défi : réinventer l’audit interne

Depuis le 23 septembre 2026, et jusqu’au 25 septembre, la capitale togolaise accueille la 4ᵉ édition des Journées Ouest-Africaines de l’Audit Interne, organisée par l’Institut Togolais des Auditeurs et Contrôleurs Internes (IIA-Togo). Une rencontre régionale qui, après la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Mali, consacre Lomé comme carrefour momentané de la réflexion sous-régionale sur une fonction en pleine mutation.

Un rendez-vous devenu itinérant, révélateur d’une dynamique régionale

Que le Togo succède à la Côte d’Ivoire, au Bénin et au Mali dans l’organisation de ces Journées n’est pas anodin. Cette itinérance traduit la volonté, portée par les instituts nationaux d’audit interne de la sous-région, de construire progressivement une communauté professionnelle ouest-africaine à part entière, capable de mutualiser ses réflexions et ses pratiques au-delà des frontières nationales. Pour cette quatrième édition, ce sont des professionnels venus d’une dizaine de pays qui se retrouvent à Lomé, avec un objectif commun : penser les nouvelles responsabilités de l’audit interne dans un environnement bouleversé par les transformations numériques, l’évolution des exigences de gouvernance et la reconfiguration des risques auxquels sont désormais exposées les organisations, qu’elles soient publiques ou privées.

Un thème qui acte un changement de posture

Le fil conducteur retenu pour cette édition ne relève pas de la formule convenue. En plaçant ses travaux sous le thème « Audit interne, acteur stratégique de la conduite du changement et de la transformation des organisations publiques et privées de l’Afrique de l’Ouest », l’IIA-Togo affiche une ambition claire : sortir l’audit interne de son image traditionnelle de fonction de contrôle a posteriori, pour l’ériger en partenaire actif de la transformation organisationnelle.

C’est précisément ce message qu’a porté le président de l’IIA-Togo, Elfried Komlanvi Midokpoe, à l’ouverture des travaux. Revenant sur les réformes engagées au Togo — modernisation de l’administration publique, refonte de la gestion des finances publiques, renforcement des dispositifs de contrôle —, il a souligné combien ces évolutions rendaient plus que jamais nécessaire un audit interne capable d’accompagner les organisations dans leurs mutations, plutôt que de se contenter d’en dresser le bilan une fois les décisions prises.

« L’audit interne ne peut plus être considéré comme une fonction chargée uniquement de vérifier ce qui a été fait », a-t-il affirmé, invitant les professionnels présents à investir pleinement un rôle d’anticipation des risques et d’éclairage de la décision, tout en veillant à préserver l’indépendance qui constitue le socle de la crédibilité de leur fonction. Un équilibre délicat, entre proximité stratégique avec les organes de gouvernance et distance critique nécessaire à l’exercice du jugement professionnel.

L’intelligence artificielle, nouvel horizon incontournable de la profession

Sans surprise, la transformation numérique et l’intelligence artificielle occupent une place centrale dans les échanges de ces Journées. Loin d’être traitées comme de simples sujets d’actualité technologique, ces thématiques sont abordées comme de véritables enjeux structurants pour l’avenir de la profession. Les participants sont ainsi appelés à mieux maîtriser ces nouveaux environnements technologiques — qu’il s’agisse des outils d’analyse de données, des systèmes automatisés ou des risques cyber qu’ils font peser sur les organisations —, tout en renforçant leur collaboration avec les autres fonctions de l’entreprise : responsables informatiques, financiers, juridiques et opérationnels. Une évolution qui dessine, en creux, le portrait d’un auditeur interne de demain moins cantonné à son silo métier, et davantage inséré dans une dynamique transversale de pilotage des risques.

Un programme dense, entre expertise et transmission

Le programme de ces trois journées reflète cette double ambition de professionnalisation et de transformation. Conférences, panels et ateliers se succèdent, consacrés à la gouvernance, à la maîtrise des risques, à la transparence et à la lutte contre la corruption — autant de sujets qui placent l’audit interne au cœur des enjeux d’intégrité institutionnelle propres à la sous-région.

Fait notable, ces Journées ne se limitent pas à un exercice entre pairs déjà installés dans la profession : une place significative est réservée à la formation et à la relève, avec la participation active de jeunes professionnels et d’étudiants. Un choix qui témoigne d’une préoccupation partagée par les organisateurs : celle d’assurer la pérennité et le renouvellement d’une discipline appelée à occuper une place croissante dans la gouvernance des organisations ouest-africaines.

Lomé, tremplin d’une ambition sous-régionale

À travers l’organisation de cette 4ᵉ édition, l’IIA-Togo affiche une ambition qui dépasse le seul cadre national : renforcer durablement les échanges entre professionnels de la sous-région, et contribuer à une évolution structurelle de la fonction d’audit interne face aux défis inédits — numériques, réglementaires, organisationnels — auxquels sont désormais confrontées les institutions publiques comme les entreprises privées d’Afrique de l’Ouest.

Trois jours durant, Lomé se sera ainsi imposée comme un espace de convergence pour une profession en pleine redéfinition d’elle-même : celle d’un audit interne qui, sans renoncer à son exigence d’indépendance, entend désormais peser sur la trajectoire même des organisations qu’il est chargé d’éclairer.

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