Énergie, agriculture, industrie : ce que le Togo attend de la Russie

Le Togo a choisi le terrain économique pour son second jour à Moscou. Le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a participé le 28 octobre 2026 à la troisième édition du Forum économique et humanitaire Russie-Afrique, qui a réuni dirigeants africains et partenaires russes autour du commerce, des investissements, des infrastructures énergétiques, des systèmes de paiement, de la transformation numérique et de la sécurité alimentaire.

Pour Lomé, la présence au forum prolonge une ligne constante : diversifier les partenariats sans exclusive, au service des priorités nationales. Le Togo ne cherche pas un partenaire unique. Il met en concurrence des offres et attend de chacune des retombées mesurables. Avec la Russie, cette démarche s’appuie sur un cadre déjà établi, la Commission mixte intergouvernementale Togo-Russie.

Le défi est désormais de transformer les engagements en projets opérationnels. Les besoins identifiés par Lomé portent sur l’énergie, l’agriculture, la transformation industrielle et la formation scientifique et technique. Ce sont des secteurs où le calendrier compte autant que l’annonce. Sur l’énergie, le ministre chargé du secteur a indiqué en juin que le pays produit environ 180 mégawatts pour une demande de pointe proche de 360. Ce déficit structurel dicte les arbitrages : tout partenariat énergétique sera jugé à sa capacité de réduire cet écart dans un délai utile.

Côté russe, l’argument agricole pèse lourd. Moscou affirme avoir exporté 13 millions de tonnes de produits agricoles vers l’Afrique depuis le début de l’année, et plus de 40 États africains reçoivent de ses céréales et engrais. Mais les échanges économiques restent relativement limités par rapport aux enjeux sécuritaires, et la traduction des sommets précédents en investissements concrets demeure un défi, selon un analyste malien. Le forum ne change pas ce constat. Il rend seulement plus visible l’écart entre le volume des accords annoncés et celui des projets réalisés.

L’attente exprimée à Moscou par de nombreux États africains, notamment par le Président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, va dans le même sens : des partenariats équitables, qui favorisent l’investissement productif et le transfert de technologies, dans le respect des choix souverains des pays du continent. Le Togo y retrouve sa propre doctrine, celle d’une Afrique davantage associée aux grandes décisions mondiales et capable de défendre ses intérêts auprès de tous ceux qui acceptent de bâtir sur des bases équilibrées.

Le pays dispose d’un argument propre dans cette négociation : sa plateforme portuaire. Le port de Lomé occupe le 91e rang mondial du classement Lloyd’s List 2026 et la première place en Afrique subsaharienne. Il sert de porte d’entrée aux marchés enclavés du Sahel. Cet atout donne à Lomé un poids que ses seules capacités de production ne lui conféreraient pas.

En marge des travaux, le Président du Conseil a visité une exposition consacrée aux innovations russes dans les secteurs économiques et sociaux, afin d’identifier des solutions adaptables à ses priorités de développement. Il a ensuite pris part au dîner officiel offert aux chefs de délégation. Le suivi des pistes ouvertes à Moscou sera assuré dans le cadre des mécanismes de coopération bilatérale existants. Le prochain test se jouera donc moins dans les salles de conférence que dans les calendriers d’exécution, les montants engagés et les sources de financement, qui restent à rendre publics. Fin

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