
Sam Sam… Sacré Sam…
Tu es parti comme tu jouais,
Dans une pirouette d’artiste,
Un sourire d’enfant accroché au coin du destin,
Et nous, restés là,
À chercher le sens de ton dernier dribble
Contre la vie elle-même.
Je n’ai pas suivi ton cortège,
Non par oubli, non par distance,
Mais parce que mon cœur refusait
D’admettre que tu m’avais laissé derrière.
Cette séparation brusque,
Tu me l’imposes encore,
Comme un match arrêté trop tôt,
Sans coup de sifflet final.
Je revois tes insistances,
Tes appels silencieux,
Cette semaine étrange où tu voulais
Me parler, me voir, me transmettre
Un message que je n’ai pas su entendre.
Était-ce ton adieu déguisé
Sous la plaque de l’Évangéliste Adjognon,
Avec ta benjamine à tes côtés,
Ton sourire de gamin
Et ta bière offerte que je n’ai pas bue
Parce que la vie, elle aussi,
M’appelait ailleurs.
Et ce mardi-là,
Sur le terrain de la Source,
Je t’ai vu de dos,
Comme un lâche, dis-je aujourd’hui,
Sans savoir que c’était la dernière fois
Que ton ombre et la mienne
Se croisaient sur la terre rouge d’Agoè.
Sam…
Tu m’avais adopté avant même de savoir
Que le sang nous liait.
Sous le manguier de Saint Jean de Dieu,
Tu m’as respecté, conseillé, protégé.
Tes lobs magiques depuis le centre,
Tes petits ponts assassins,
Tes fautes techniques à la Busquets,
Tout cela, c’était toi :
La filouterie élégante,
La malice noble,
Le génie tranquille.
Mais au-delà du foot,
Tu étais un grand frère.
Un homme qui aimait sans compter,
Qui donnait sans bruit,
Qui veillait sans se montrer.
Avec ou sans sous,
Avec ou sans assurance,
Tu étais là.
Toujours.
Alors pourquoi toi, Sam
Le destin a-t-il choisi de sacrifier
Dans cette fin d’année sans pitié?
Pourquoi ce dernier tour
Que tu t’es joué à toi-même
Et à nous tous?
Depuis le ciel où tu sièges,
Protège Israël, Gédéon,
Et leur petite sœur.
Veille sur Sophie, ton amour.
Et garde un œil sur nous,
Tes frères de sang, de cœur, de terrain.
Va en paix, Sam.
Avec ta dernière filouterie,
Ton sourire de gamin,
Et ton âme de champion.
Ton petit frère, Thiago,
Qui ne cessera jamais
De te porter dans son souffle.