Togo : Amivi Sophie Gbénou, le sifflet qui monte, la Vicencia Amédomé du rugby national

Dans le paysage sportif togolais, un nom commence à circuler avec insistance dans les vestiaires et sur les terrains d’ovalie de la sous-région : celui d’Amivi Sophie Gbénou, 22 ans, arbitre de rugby en pleine ascension. Formée à l’école de BSO, la jeune femme incarne une nouvelle génération d’officiels techniques que le pays commence à exporter au-delà de ses frontières. Une trajectoire qui n’est pas sans rappeler celle de Vicencia Amédomé, référence togolaise de l’arbitrage féminin de football, aujourd’hui reconnue sur la scène continentale.

Du terrain de jeu au sifflet : une vocation née d’un tournoi

L’histoire d’Amivi Sophie Gbénou avec l’ovalie commence en 2016. Adolescente curieuse, elle s’initie aux entraînements dans une ambiance qu’elle décrit elle-même comme porteuse : les séances « se passaient bien », et l’envie de progresser ne l’a plus quittée. C’est toutefois un tournoi de rugby à 7 réservé aux garçons U16, disputé au stade togolais, qui va faire basculer sa passion vers une vocation. Conquise par l’ambiance de la compétition, elle rentre chez elle et convainc ses amies de la rejoindre chaque samedi. De ces rendez-vous informels naît bientôt un club de filles, avec entraînements réguliers et matchs amicaux organisés entre passionnées.

Le déclic pour l’arbitrage survient en 2022, à l’occasion d’un match international disputé en Côte d’Ivoire, où elle est sélectionnée comme joueuse. Ce jour-là, son attention est happée par les arbitres et arbitres-assistantes en fonction sur la rencontre. Elle est frappée par l’autorité naturelle qui se dégage de l’arbitre principale, seule voix qui s’impose sur le terrain, et par le respect que lui témoignent joueurs et joueuses. Cette scène agit comme un déclencheur : de retour à Lomé, la jeune femme entame un apprentissage méthodique des règles et de la gestuelle arbitrale, avant de suivre une véritable formation d’arbitrage.

Une montée en compétence à l’ivoirienne et à la togolaise

Le parcours de formation d’Amivi Sophie Gbénou illustre la rigueur d’un encadrement structuré. Elle commence par maîtriser l’arbitrage du rugby à 7, discipline dans laquelle elle acquiert rapidement de l’aisance grâce à l’accompagnement de ses formateurs, sollicités à chaque doute sur une règle ou un geste technique.

Le passage au rugby à 15 constitue une étape plus délicate : lors d’un championnat international, elle officie pour la première fois sur cette discipline mais peine encore à restituer certains gestes arbitraux avec précision. Consciente de cette marge de progression, elle saisit l’opportunité d’une formation spécifique organisée en Côte d’Ivoire, où elle est sollicitée pour perfectionner sa pratique du XV. À son retour, elle se sent enfin en pleine maîtrise de l’arbitrage à 15, un cap important dans une carrière d’officiel technique.

Natitingou et Calavi : le premier grand test à l’international

C’est au Bénin que la jeune arbitre togolaise va connaître son baptême du feu à l’international. Sélectionnée pour officier à Natitingou sur des rencontres masculines de rugby à 15 et féminines de rugby à 7 la semaine dernière sur le championnat béninois, elle livre une prestation saluée : le déroulement des matchs se fait sans incident, signe d’une gestion de terrain maîtrisée.

Le programme ne lui laisse toutefois guère de répit. Partie de Natitingou le samedi à 19 heures, elle arrive à Cotonou le dimanche vers 11h30, avant de rallier directement le terrain de l’Université d’Abomey-Calavi pour officier sur un nouveau match de rugby à 15, qu’elle gère à nouveau avec assurance. Un enchaînement de rencontres sur deux villes et deux disciplines en l’espace d’un week-end, qui témoigne autant de son endurance que de la confiance placée en elle par les instances d’arbitrage régionales.

Le Club Lion, un vivier assumé de talents

Derrière cette nouvelle trajectoire et cette progression, un nom revient sans cesse dans le récit d’Amivi Sophie Gbénou : le Club Lion. La formation togolaise, connue pour son investissement dans la formation des joueurs comme des encadreurs, a également fait le choix stratégique d’investir dans l’arbitrage, discipline trop souvent reléguée au second plan dans le développement du rugby africain.

En se donnant les moyens de pousser et soutenirnà la formation des arbitres au même titre que ses athlètes, le club affiche une vision globale de la performance, où la qualité de l’encadrement technique conditionne directement la qualité du jeu.

Amivi Sophie Gbénou ne s’y trompe pas : elle a tenu à adresser publiquement ses remerciements à l’actuel président du Club Lion, Ange Yom Adjola, reconnaissant dans son soutien un facteur déterminant de son évolution.

Cette politique de formation transversale — joueurs, encadreurs, arbitres — s’inscrit dans une ambition plus large portée par le club et une partie du mouvement rugbystique togolais : faire émerger une excellence professionnelle chez les jeunes, tout en consolidant des partenariats de mobilité avec les fédérations voisines.

Les déplacements d’Amivi Sophie Gbénou en Côte d’Ivoire pour se former, puis au Bénin pour arbitrer, illustrent concrètement cette dynamique d’échanges sous-régionaux, qui permet aux jeunes talents togolais de se frotter à des standards internationaux sans attendre que ceux-ci viennent à eux.

Le beach rugby, prochaine échéance d’une discipline en expansion

Le développement du rugby togolais ne s’arrête pas au XV et au rugby à 7 traditionnels. Le beach rugby, discipline en plein essor sur le continent africain, s’annonce comme une prochaine échéance pour le mouvement togolais et pour des profils comme celui d’Amivi Sophie Gbénou, dont la polyvalence — déjà éprouvée entre le 7 et le 15 — constitue un atout pour appréhender ce format plus court et plus spectaculaire. Le Club Lion, en pointe sur la diversification des formats et la formation continue de ses arbitres, entend accompagner cette montée en puissance, dans la continuité de sa politique de détection et d’accompagnement des jeunes talents.

Une nouvelle génération, un même sillon

À l’image de Vicencia Amédomé, dont le parcours a ouvert la voie aux arbitres togolaises dans le football, Amivi Sophie Gbénou trace aujourd’hui son propre sillon dans l’univers de l’ovalie. Son témoignage, marqué par la simplicité et la constance du travail, raconte moins une success story instantanée qu’une progression patiente, jalonnée de formations, de doutes techniques surmontés et de déplacements exigeants au service d’une passion née, presque par hasard, un jour de tournoi U16 au stade togolais. Une trajectoire à suivre, alors que le rugby togolais continue de structurer ses filières de formation et d’affirmer ses ambitions sur la scène régionale. Fin

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