
Lomé devient, du 3 au 6 juin, le centre névralgique d’une réflexion régionale majeure sur l’éthique et la régulation de la recherche en contexte d’épidémie. À l’initiative de l’Organisation Ouest‑Africaine de la Santé (OOAS), un atelier de haut niveau réunit les Comités Nationaux d’Éthique pour la Recherche (CNER), les Autorités Nationales de Réglementation des Médicaments (ANRM), les ministères de la santé et des experts venus de l’ensemble de l’espace CEDEAO. L’objectif affiché est ambitieux : doter la région d’un système harmonisé, réactif et protecteur pour encadrer les essais cliniques et la recherche en période d’urgence sanitaire.

Un impératif né des crises sanitaires récentes
Les épidémies d’Ebola, de méningite ou de fièvre de Lassa ont mis en lumière les fragilités persistantes des dispositifs nationaux d’examen éthique et d’autorisation réglementaire. Les États membres continuent de faire face à « des mécanismes de coordination insuffisants […] et des retards dans l’autorisation des essais », souligne le document technique de l’OOAS.
Dans des contextes où la rapidité de décision peut conditionner la survie des populations, l’absence d’harmonisation constitue un risque majeur.

Un programme structuré en trois phases
L’initiative régionale repose sur une architecture en trois volets. Il s’agit d’une phase préparatoire, consacrée à la revue documentaire, à la consolidation des outils existants et à la finalisation des textes de gouvernance du Réseau Ouest‑Africain des Comités d’Éthique (WANEC), cet atelier régional, organisé à Lomé, qui servira de cadre à la validation des outils harmonisés, à la présentation de la plateforme numérique régionale et à la session constitutive du conseil d’administration du WANEC et des missions de terrain, destinées à accompagner les pays dans l’opérationnalisation des recommandations, la formation des utilisateurs et l’adaptation des procédures nationales.

Une plateforme numérique pour transformer la gouvernance éthique
Au cœur du dispositif, une plateforme régionale de délivrance d’autorisations éthiques et de collaboration marque une avancée structurante. Elle permettra « de soumettre, suivre et gérer les demandes d’examen de protocoles via une interface commune », facilitant ainsi la coordination des études multicentriques et la consultation inter‑comités.
Cette innovation vise à réduire les délais, améliorer la transparence et renforcer la traçabilité des décisions.
Des voix fortes pour une éthique protectrice
Les participants ont insisté sur la dimension humaine et sociétale de l’éthique de la recherche.
Pour Alhaji Umar Njai (Sierra Leone), « l’éthique constitue un pilier essentiel pour protéger le bien‑être de nos citoyens, préserver nos communautés et garantir que toute intervention soit menée dans le respect absolu de la dignité humaine ».
Il rappelle que les populations, souvent vulnérables en période d’épidémie, doivent être protégées contre toute forme d’exploitation ou de recherche non bénéfique.
Mme N’Nah Djénab Sylla, du Comité national d’éthique de Guinée, souligne quant à elle l’importance de l’harmonisation : « De nombreux projets de recherche sont multicentriques ; il est donc essentiel que les différents pays puissent communiquer, confronter leurs analyses et produire des synthèses cohérentes ».
Pour elle, cette rencontre marque « une avancée significative » vers une convergence régionale.

Le Togo réaffirme son engagement
Au nom du ministère de la Santé, Naba Mouchédou Abdoukarim, point focal de l’OOAS au Togo, a salué la tenue de l’atelier et réaffirmé l’engagement du pays à soutenir cette dynamique régionale.
Il a rappelé que la plateforme en cours de déploiement « facilitera le traitement rapide des protocoles de recherche » et offrira un cadre robuste pour la gestion des urgences sanitaires.
Vers une CEDEAO mieux préparée aux épidémies
Les résultats attendus sont structurants : un cadre régional d’examen éthique accéléré, des procédures harmonisées, un WANEC pleinement opérationnel et des équipes nationales formées à l’utilisation de la plateforme.
À terme, l’OOAS ambitionne une région plus réactive, mieux coordonnée et dotée de mécanismes éthiques capables de protéger efficacement les populations en période de crise.
Cet atelier de Lomé s’inscrit ainsi comme une étape décisive dans la construction d’un espace CEDEAO plus résilient, plus solidaire et mieux préparé aux défis sanitaires du futur. Fin
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