Autosuffisance sanitaire : à l’école des « Hommes Intègres »

« Comment financer durablement la santé par nos propres moyens ? » La question, posée à Lomé par le Dr Francis Bamogo, Chef du service de l’Économie, de l’Achat stratégique et de l’Efficience du financement de la gratuité des soins au Burkina Faso, n’a rien d’une simple formule d’ouverture. Elle résume, à elle seule, l’ambition d’un pays qui s’efforce de démontrer qu’un système de santé peut se construire en desserrant, plutôt qu’en subissant, sa dépendance à l’aide extérieure.

Les résultats avancés ne manquent pas de substance : recul de la mortalité maternelle et infantile, gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans, mise en place d’un Régime d’assurance maladie universelle. Autant d’indicateurs qui témoignent d’une politique sanitaire volontariste. Mais l’exposé du Dr Bamogo, à sa décharge, n’aura pas cherché à masquer l’ampleur de ce qui reste à accomplir : 44 % des dépenses de santé burkinabè reposent encore sur les ménages eux-mêmes, une proportion qui expose les familles à des risques financiers considérables en cas de maladie grave, tandis que l’aide extérieure, qui en couvre 21 %, demeure par nature instable et fragmentée.

C’est dans cet écart entre l’ambition affichée et la réalité des chiffres que prend sens l’architecture institutionnelle mise en place depuis 2025. Le Forum national sur le financement de la santé (FONAFIS), dont la première édition en mars 2026 aura rassemblé plus de 800 participants, ne se veut pas un exercice de communication ponctuel, mais un espace permanent et désormais biennal, censé transformer des engagements déclaratoires en suivi effectif. La déclaration qui en est issue, structurée autour des dimensions politique, technique et institutionnelle, a le mérite de la cohérence ; sa portée réelle se mesurera à la capacité du pays à honorer, dans la durée, les engagements qu’elle formalise.

Les leviers de mobilisation domestique détaillés par le Dr Bamogo témoignent d’une diversification assumée des sources de financement : fiscalité affectée sur le tabac, l’alcool, les télécommunications et le secteur minier, contribution sollicitée auprès de la diaspora, conversion de dette en investissements pour le régime d’assurance maladie, gains d’efficience obtenus par la digitalisation des procédures. L’insistance sur un cadre juridique destiné à capter les ressources issues de la responsabilité sociétale des entreprises traduit, par ailleurs, une volonté de mobiliser des financements encore largement inexploités sur le continent.

Les quatre fenêtres d’action évoquées — souveraineté pharmaceutique, digitalisation de l’intelligence sanitaire, contrats à impact social, redevabilité politique via des rapports trimestriels publics — dessinent une feuille de route dont l’horizon, fixé à 2030, reste ambitieux. Le succès de cette trajectoire dépendra moins de la pertinence des instruments retenus, déjà largement éprouvés ailleurs, que de la capacité du Burkina Faso à en assurer une exécution rigoureuse, dans un contexte régional où les contraintes budgétaires et les urgences sécuritaires laissent rarement toute la place nécessaire aux réformes de long terme.

En plaçant l’achat stratégique et la performance au cœur de son discours, le Dr Bamogo incarne une inflexion notable : celle d’un passage d’une gestion sanitaire passive, tributaire des flux d’aide extérieure, vers une gestion proactive fondée sur l’efficience et la traçabilité des ressources. Reste que la démonstration burkinabè, aussi structurée soit-elle dans son énoncé, appartient encore largement au registre de la promesse ; c’est dans l’exécution effective de cette feuille de route, année après année, que se jouera la crédibilité durable de ce modèle pour le reste de l’Afrique francophone. Fin

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