
Il est des rencontres où la parole des praticiens compte davantage que celle des théoriciens. La session intitulée « Ce que nous disent les acteurs », tenue lundi 27 juillet à Lomé dans le cadre de la table ronde sur le financement de la santé en Afrique francophone, aura offert précisément cet espace : celui où représentants des ministères de l’Économie et des Finances, experts et société civile confrontent, pendant plus de deux heures, leurs expériences respectives plutôt que leurs seules intentions.
Réunies autour d’un questionnaire consacré à la gestion des finances publiques appliquée à la santé, les délégations du Bénin, du Burkina Faso, du Burundi, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de Djibouti, de la Guinée, du Sénégal et du Togo ont dessiné, par touches successives, un paysage à la fois convergent dans ses contraintes et singulier dans ses réponses nationales. Le panel conduit par le Dr Alexandre Guebo, conseiller du ministre ivoirien de la Santé, aura permis d’ordonner ces témoignages autour d’une question centrale : comment faire en sorte que les priorités sanitaires trouvent effectivement leur traduction dans l’exécution budgétaire ?
Les réponses apportées, d’un pays à l’autre, ont révélé autant de nuances que de points communs. Au Cameroun, l’accent a été mis sur la nécessité d’une appropriation élargie des mécanismes budgétaires, dépassant le seul ministère de la Santé pour associer également ceux de l’Économie et de l’Éducation, condition jugée indispensable à une répartition équitable des fonds. À Djibouti, c’est la question, plus prosaïque mais tout aussi déterminante, des décaissements qui a occupé le devant de la scène : tant que les fonds alloués ne sont pas intégralement libérés, l’État continue de supporter des commissions qui grèvent, d’autant, l’efficacité des projets sanitaires financés.
La Côte d’Ivoire, de son côté, aura fait valoir l’expérience de son cadrage macroéconomique triennal, introduit en 2013 et généralisé en 2020 : un dispositif qui, tout en offrant une visibilité budgétaire appréciable, engendre parfois un décalage entre la programmation établie et l’évolution réelle des besoins sanitaires. Le Burkina Faso, enfin, aura rappelé combien les dépenses incompressibles — service de la dette, masse salariale — réduisent la marge de manœuvre budgétaire de chaque ministère, contraint de composer avec la direction générale du budget dans un cadre financier resserré.
Au-delà de ces singularités nationales, un constat commun se sera dégagé : tous les pays représentés disposent déjà de mécanismes de contrôle superposés — contrôle interne, contrôle de gestion, contrôle externe assuré par les directions générales des finances — appuyés par des systèmes intégrés de collecte de données sur l’exécution budgétaire. La mesure effective de la performance, en revanche, demeure un maillon encore incomplet de cette chaîne, ce qui limite d’autant la portée réelle du suivi.
Ce que cette rencontre aura mis en évidence, plus que des solutions déjà arrêtées, c’est la reconnaissance partagée d’un même défi : celui de transformer des mécanismes de contrôle déjà existants en véritables leviers d’efficience budgétaire au service de la santé. Les participants s’accordent sur ce constat, mais la traduction de cette convergence en résultats mesurables pour les populations concernées reste, comme souvent en la matière, une entreprise qui se joue moins dans les tables rondes que dans l’exécution quotidienne des budgets nationaux. Fin
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