
Analyse — Il est des idées qui ne meurent jamais tout à fait, tant l’urgence qu’elles traduisent demeure entière. La création d’une banque dédiée au financement de l’agriculture et de l’agroalimentaire en fait partie. Réunis à Kpalimé les 5 et 6 août, en prélude à la 14ᵉ édition de la Foire Adjafi, entrepreneurs, agriculteurs et transformateurs agroalimentaires ont remis ce projet au centre des débats, avec une conviction partagée : sans financement adapté, l’ambition togolaise d’une transformation locale plus poussée restera largement théorique.
Un forum pensé pour et par la jeunesse entrepreneuriale
Le choix même du format n’est pas anodin. Consacré en priorité aux jeunes entrepreneurs, ce forum a offert à une génération d’entrepreneurs agricoles et agroalimentaires un espace de réflexion collective sur les leviers à actionner pour rendre le secteur agro-industriel togolais plus compétitif. Pendant deux jours, les échanges ont porté sur l’état des filières à fort potentiel, la modernisation des unités de transformation, la qualité des produits, la normalisation et la certification — autant de sujets techniques qui, mis bout à bout, dessinent les contours d’un secteur en quête de structuration.
Mais c’est bien la question du financement qui a cristallisé l’essentiel des discussions. Pour cette génération d’entrepreneurs, souvent porteurs de projets à fort potentiel mais dépourvus de garanties suffisantes, l’accès au crédit demeure le principal obstacle à la concrétisation de leurs ambitions.
Le constat d’un système bancaire inadapté
Les recommandations issues du forum, une dizaine au total, placent la création d’une banque agricole en tête des priorités. Pour Maxime Minasseh, promoteur de la Foire Adjafi, ce constat n’a rien de nouveau : l’accès au financement reste l’un des principaux obstacles auxquels se heurtent les très petites, petites et moyennes entreprises du secteur. Il a appelé les acteurs, l’État et les partenaires techniques et financiers à accélérer la concrétisation de cette banque afin de faciliter le financement du secteur.
Le diagnostic dépasse la seule question du montant des crédits disponibles. Les promoteurs de l’initiative pointent une inadéquation structurelle entre l’offre des banques commerciales classiques et les réalités du monde agricole : durées de remboursement inadaptées aux cycles de production, exigences de garanties difficilement compatibles avec le profil des jeunes exploitants, absence de produits financiers pensés pour l’irrégularité des revenus agricoles. Pour une génération de jeunes entrepreneurs souvent dépourvus de patrimoine à mettre en gage, ce décalage se traduit très concrètement par des portes closes.
Apprendre d’un échec pour ne pas le répéter
L’idée d’une banque agricole n’est pas une nouveauté au Togo. Le pays a déjà expérimenté ce type d’institution par le passé, sans parvenir à l’ancrer durablement dans le paysage financier national. Loin d’écarter le projet, les participants au forum en tirent une leçon inverse : celle de concevoir une nouvelle institution en tenant compte des insuffisances passées, en s’inspirant d’expériences jugées plus concluantes ailleurs sur le continent, notamment au Sénégal.
Les recommandations formulées à Kpalimé esquissent les contours de cette nouvelle mouture : un réseau d’agences suffisamment décentralisé pour rapprocher les services financiers des producteurs, coopératives et entreprises implantées dans l’ensemble des régions du pays ; une gouvernance associant les organisations paysannes ; et une participation majoritaire de l’État au capital, jugée indispensable pour garantir des conditions de financement adaptées et éviter que le coût du crédit ne devienne, à son tour, un frein au développement du secteur.
Au-delà du crédit agricole, une ambition industrielle
Les propositions issues du forum ne se limitent pas à la seule banque agricole. Les participants plaident également pour la création d’une banque d’investissement capable de financer les équipements industriels, la modernisation des unités de production et le développement des entreprises du secteur. L’objectif affiché est clair : favoriser une transformation plus poussée des matières premières produites localement, réduire la dépendance aux produits importés et accroître la valeur ajoutée générée sur le territoire national.
Pour la jeunesse entrepreneuriale togolaise, ces deux projets, banque agricole et banque d’investissement, dessinent les contours d’un écosystème financier qui reste, pour l’heure, à construire. Leur mise en œuvre effective déterminera dans une large mesure la capacité du pays à transformer une ambition partagée — celle d’une agro-industrie togolaise plus autonome et plus compétitive — en une réalité économique tangible, portée par une génération d’entrepreneurs qui, à Kpalimé, a une nouvelle fois rappelé l’urgence d’agir. Fin
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