PIA : 22 usines, un pari qui prend forme

Analyse — Vingt-deux industries installées, cinq autres en construction : le chiffre, à première vue technique, résume à lui seul cinq ans d’une stratégie industrielle assumée par le Togo. Depuis sa mise en service en 2021, la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA), à une vingtaine de kilomètres au nord de Lomé, s’est imposée comme la pièce maîtresse de la politique d’industrialisation du pays. À la date de juin 2026, ce bilan traduit un intérêt croissant des investisseurs pour un espace pensé, dès l’origine, comme un accélérateur de transformation locale.

Un pari né d’un partenariat public-privé

La PIA n’est pas née dans un vide institutionnel. Le projet résulte d’un partenariat public-privé conclu en 2020 entre l’État togolais et le groupe ARISE Integrated Industrial Platforms, coentreprise réunissant Africa Finance Corporation et Olam International. Ce montage a permis de doter le Togo d’infrastructures industrielles et logistiques intégrées — parc à conteneurs, entrepôts, guichet unique administratif — directement connectées au Port autonome de Lomé, réduisant d’autant les frictions logistiques qui pénalisent souvent l’industrie sur le continent.

Une diversification sectorielle qui prend forme

Les industries aujourd’hui implantées à la PIA couvrent plusieurs filières : transformation agro-industrielle (soja, karité, noix de cajou), activités manufacturières et filières à forte valeur ajoutée, avec en particulier le textile, secteur dans lequel la plateforme revendique le statut de premier parc textile d’Afrique de l’Ouest. Cette diversité n’est pas un hasard : elle correspond à une volonté explicite de faire remonter la chaîne de valeur des matières premières togolaises, plutôt que de continuer à les exporter à l’état brut.

Des retombées économiques déjà mesurables

Au-delà du seul nombre d’entreprises installées, les chiffres cumulés sur cinq ans donnent la mesure de l’ambition : plus de 350 milliards de FCFA d’investissements cumulés entre 2020 et 2025, et plus de 6 580 emplois directs créés, dont environ 95 % au bénéfice de travailleurs togolais et près de 80 % occupés par des jeunes et des femmes, selon les données communiquées par l’Autorité de coordination de la PIA à l’occasion du cinquième anniversaire de la plateforme.

Ce bilan reste toutefois à mettre en perspective avec les objectifs affichés à plus long terme. Les responsables de la plateforme visent la création de 15 000 à 20 000 emplois à l’horizon 2030 — un cap qui suppose de maintenir, voire d’accélérer, le rythme d’installation observé ces dernières années.

Un test pour le modèle togolais des zones économiques spéciales

Pour l’économie togolaise, l’enjeu dépasse la seule performance de la PIA elle-même. La plateforme fait figure de vitrine et de test grandeur nature pour un modèle que le pays entend reproduire ailleurs sur son territoire : celui des zones économiques spéciales comme moteur d’industrialisation, de création d’emplois et de diversification économique. Sa capacité à continuer d’attirer des investisseurs — et à transformer ces investissements en emplois durables pour les populations locales — conditionnera en grande partie la crédibilité de cette stratégie sur le long terme.

À l’heure où plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest misent, eux aussi, sur des plateformes industrielles intégrées pour capter une part plus importante de la valeur ajoutée régionale, le Togo semble avoir pris une longueur d’avance avec Adétikopé. Reste à savoir si cette dynamique, encore récente, saura résister à l’épreuve du temps et des cycles économiques mondiaux. Fin

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