
Il y a des chantiers qu’on ne voit pas, et qui pourtant conditionnent tout le reste. Sous les rues du Grand Lomé, dans les châteaux d’eau qui se dressent aux abords de la ville, se joue une bataille silencieuse contre une équation démographique implacable : une agglomération qui s’étend plus vite que ses réseaux ne peuvent suivre. C’est cette course que les autorités togolaises tentent de rattraper avec la deuxième phase du Projet d’amélioration de l’alimentation en eau potable de Lomé (AEP Lomé 2), doté de 9,84 milliards de FCFA et porté par l’Agence française de développement et l’Union européenne.
Une capacité à reconquérir plutôt qu’à simplement étendre
Le chiffre central du projet — 15 000 m³ supplémentaires produits chaque jour — ne dit, à lui seul, qu’une partie de l’histoire. Car augmenter la production sans repenser sa distribution reviendrait à remplir un seau percé. C’est pourquoi le projet articule son intervention autour de trois leviers simultanés : produire davantage, mieux stocker, mieux distribuer. Cinq châteaux d’eau — à Zossimé, Alinka, Logoté/Sagbado, Attiégou et Dangbessito — matérialisent cette ambition de maillage territorial. À Attiégou, l’un de ces ouvrages, d’une capacité de 400 m³, est déjà opérationnel, offrant un premier aperçu concret de ce que le reste du projet promet à plus grande échelle.
Ces réservoirs ne sont pas de simples infrastructures de stockage : ils constituent, dans l’architecture du projet, un amortisseur face aux pics de demande, permettant d’éviter les ruptures d’approvisionnement qui, ailleurs, fragilisent régulièrement l’accès à l’eau dans les zones les plus denses.
Rattraper les quartiers laissés en marge
Derrière l’objectif de production se cache un enjeu tout aussi déterminant : celui de l’équité territoriale. L’extension des réseaux — nouveaux forages, conduites d’adduction, connexions entre nouvelles ressources et infrastructures existantes — vise à intégrer plus de 200 000 habitants supplémentaires dans le périmètre desservi. C’est là, sans doute, que se mesure le mieux la portée réelle du projet : non pas dans les mètres cubes produits, mais dans le nombre de foyers qui, demain, n’auront plus à composer avec des coupures ou des sources d’approvisionnement informelles. Des interventions déjà engagées — à Agoè-Nord, à l’EPP Kotokoli Zongo ou à Zossimé — témoignent d’une volonté de produire des résultats tangibles avant même l’achèvement complet du programme.
Une question de santé publique autant que d’ingénierie
Il serait toutefois réducteur de ne lire ce projet qu’à travers le prisme technique du génie hydraulique. L’accès à une eau saine reste, dans de nombreuses régions du monde, l’un des déterminants les plus directs de la santé publique : l’eau non traitée demeure un vecteur majeur de maladies telles que le choléra ou la typhoïde. C’est pourquoi le volet qualité du projet mérite une attention particulière, à travers la mise en service d’un laboratoire moderne d’analyse au centre de traitement de Cacavéli, chargé de vérifier la conformité de l’eau distribuée et de surveiller les eaux usées. Ce dispositif scientifique inscrit le projet dans une logique de suivi permanent, plutôt que dans celle d’un simple investissement ponctuel dont l’efficacité s’évaluerait une fois pour toutes au jour de l’inauguration.
Une capitale à l’épreuve de sa propre croissance
L’AEP Lomé 2 illustre, en creux, un défi que connaissent de nombreuses métropoles africaines en pleine expansion : celui de faire coïncider le rythme des infrastructures avec celui de la démographie urbaine. La réussite de ce projet ne se mesurera pas seulement aux ouvrages achevés, mais à sa capacité à anticiper une croissance qui, elle, ne connaît pas de pause. En misant simultanément sur la production, la distribution et le contrôle qualitatif de l’eau, Lomé cherche à se doter d’un système suffisamment résilient pour absorber les décennies à venir — un pari dont les effets, discrets mais essentiels, se feront sentir bien au-delà des seuls compteurs d’eau, jusque dans le quotidien de centaines de milliers d’habitants. Fin
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