
Il y a des parcours qui ne suivent pas la ligne droite qu’on leur avait tracée. Celui de Mlle Bentho Ablavi Floriane en fait partie. Licenciée en marketing stratégique à l’Université de Lomé en 2024, elle aurait pu, comme tant d’autres jeunes diplômés, s’engager dans la longue quête d’un emploi salarié. Elle a choisi une autre voie — celle d’un crochet et d’une pelote de laine, redécouverts au détour d’une vidéo TikTok.




Une désillusion qui devient point de départ
Après l’obtention de sa licence, Mlle Bentho Ablavi effectue un stage, comme le veut le parcours classique. Mais l’expérience la refroidit rapidement. Sans s’attarder sur les détails, elle évoque un monde de l’emploi où certains employeurs se montrent malveillants, d’autres intéressés par des avantages personnels peu reluisants. Une désillusion qu’elle préfère ne pas détailler davantage, mais qui marque, pour elle, un tournant décisif.
C’est dans ce contexte qu’elle renoue avec une passion d’enfance, mise de côté le temps des études : le crochet. Un défilement de vidéos sur les réseaux sociaux ravive le déclic.
« J’ai toujours aimé ça, pourquoi ne pas me former ? », se dit-elle alors. La décision est prise presque instantanément.




Une formation menée avec exigence
Loin de se contenter d’un apprentissage superficiel, Ablavi Floriane enchaîne les étapes : une première formation standard, puis une formation professionnelle, complétée par un stage — et un retour volontaire sur les bancs de l’apprentissage, simplement par amour du geste. Cette exigence personnelle dit quelque chose d’essentiel sur sa vision du métier : pour elle, le crochet n’a rien d’un simple passe-temps, mais relève d’un véritable savoir-faire à maîtriser en profondeur.
Elle ne se fait d’ailleurs aucune illusion sur les réalités économiques de cet artisanat. Beaucoup, reconnaît-elle, considèrent le secteur peu rentable, jugent les prix élevés et doutent de sa pérennité. Sa conviction est pourtant sans détour : seuls la passion et l’amour sincère du métier permettent de tenir sur la durée dans ce domaine exigeant.


Le défi invisible des commandes en ligne
Parmi les difficultés du métier, une revient particulièrement dans son témoignage : les commandes passées à distance. Sans jamais voir physiquement sa cliente, l’artisane doit confectionner une tenue à sa taille exacte, sur la seule base de mesures transmises en ligne — un exercice qui laisse peu de place à l’erreur, mais où l’erreur, pourtant, survient parfois. Une pièce livrée ne correspond pas toujours parfaitement, nécessitant des ajustements après coup.
Face à ces situations, Floriane affiche une philosophie professionnelle sans concession :
« Il n’y a pas de souci. »
Pour elle, la satisfaction du client prime sur toute autre considération, y compris financière. Avoir été rémunérée pour un travail impose, selon elle, de le mener à bien — un principe qu’elle érige en règle de conduite.


Du crochet numéro 4 aux créations les plus insoupçonnées
Techniquement, l’artisane revendique un attachement particulier à son crochet numéro 4, son outil de prédilection, complété par de la laine ou du fil, un coupe-fil et un mètre ruban — l’équipement minimal pour se lancer. Mais au-delà du matériel, c’est la maîtrise du geste qui fait la différence : bonne tenue du crochet, réalisation des jetés, apprentissage des points permettant de composer des motifs.
De cette technique naît une gamme de créations bien plus large qu’on ne l’imagine : robes, jupes, chapeaux, bonnets d’hiver, gants, chaussures, mais aussi tapis et pièces plus surprenantes encore. Une diversité qui, selon elle, dépasse largement la simple fabrication d’objets pour s’inscrire dans une véritable démarche artistique.
« Le crochet, c’est de l’art », résume-t-elle simplement.

Transmettre à son tour
Aujourd’hui, Floriane ne se contente plus de pratiquer dans son entreprise Flo´s Crochet, sise à Agoè Anomé, non loin de Léo 2000: elle transmet. Sa formation, ouverte en continu, accueille à tout moment toute personne désireuse d’apprendre, sans session ni vague fixe. D’une durée d’un mois, elle est accessible pour 5 000 FCFA d’inscription et 30 000 FCFA de formation, kit complet inclus.
Le programme couvre l’apprentissage des points de base, puis la réalisation progressive de plusieurs pièces : un top, un bikini, un short, un chapeau et une robe. Un bonus permet à chaque apprenant de choisir un modèle supplémentaire selon ses envies, qu’il s’agisse d’un boléro ou d’un granny square. À l’issue du mois de formation, une attestation vient sanctionner l’apprentissage.
Pour Floriane Bentho, cette transmission n’a aucune barrière d’âge ni de profil : du plus jeune au plus âgé, elle est convaincue que n’importe qui peut apprendre à crocheter.
« Vraiment, n’importe qui peut crocheter… même toi », lance-t-elle, avec la conviction tranquille de celle qui a fait de sa reconversion une véritable vocation. Fin
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