À Hambourg, l’Afrique de l’Ouest mise sur l’assiette pour vaincre la malnutrition

Il existe des batailles qui se gagnent à coups d’infrastructures et d’investissements massifs. Et il en existe d’autres, plus discrètes, qui se jouent dans la composition d’un sac de farine ou d’un litre d’huile. C’est cette seconde voie qu’a choisie l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS) en rejoignant, à Hambourg, l’Appel à l’action lancé par le ministère allemand de la Coopération économique et du Développement.

Des chiffres qui donnent le vertige

Il faut s’arrêter un instant sur l’ampleur du problème pour comprendre l’urgence de la démarche. Près de 700 millions de personnes souffrent encore de la faim dans le monde ; deux milliards présentent des carences en micronutriments. Un enfant sur deux, sur la planète, en paie le prix — dans sa croissance, dans son développement intellectuel, dans ses chances de sortir un jour du cycle de la pauvreté. Face à des statistiques aussi vertigineuses, la tentation pourrait être de chercher des solutions complexes et coûteuses. L’OOAS a fait le pari inverse.

L’enrichissement, une stratégie qui a fait ses preuves

La fortification alimentaire ne réinvente rien : elle consiste à enrichir en vitamines et minéraux des produits que les populations consomment déjà — farine, riz, huile, sel. Nul besoin de bouleverser les habitudes alimentaires, ni d’imposer de nouveaux comportements. C’est précisément cette simplicité qui en fait, selon les experts en santé publique, l’une des interventions les plus rentables pour lutter contre les carences nutritionnelles, en particulier chez les mères et les jeunes enfants.

Une institution qui active ses leviers régionaux

Pour l’OOAS, institution spécialisée de la CEDEAO, cet engagement ne part pas de rien. L’organisation dispose déjà d’un Plan stratégique régional pour la nutrition, qu’elle entend désormais mobiliser pour harmoniser les politiques, adapter les réglementations et consolider les partenariats à l’échelle de l’espace communautaire. Une manière d’affirmer qu’aucun enfant ouest-africain ne devrait souffrir d’une malnutrition qui, dans bien des cas, reste évitable.

Cinq chantiers pour un objectif commun

L’Appel à l’action du BMZ ne se limite pas à une déclaration d’intention. Il fixe un cap structuré autour de cinq priorités : cibler les populations les plus vulnérables, renforcer la gouvernance et les cadres réglementaires, développer le commerce régional des produits enrichis, mobiliser le secteur privé, et consolider les capacités de recherche et de suivi. Autant de chantiers qui supposent une coordination entre gouvernements, bailleurs, société civile et monde académique — une équation à plusieurs inconnues, dont la résolution dépendra largement de la constance des financements dans la durée.

Au-delà de la santé, une question économique

Ce qui frappe, dans cette mobilisation, c’est la manière dont l’argument sanitaire se double d’un argument économique. La malnutrition n’est pas seulement une tragédie individuelle : elle grève la productivité, freine la croissance, pèse sur le capital humain d’une région entière. Investir dans la fortification alimentaire relève ainsi moins de la charité que du calcul stratégique à long terme.

L’échéance de 2030, entre ambition et réalisme

Reste l’horizon fixé : 2030. Un objectif ambitieux, à la mesure du défi. Entre l’annonce faite à Hambourg et sa traduction concrète dans les rayons des marchés ouest-africains, le chemin reste long — et dépendra, comme souvent, de la capacité des acteurs à transformer un engagement diplomatique en politique publique durable. Fin

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