
Il est des ateliers qui, sous une apparence technique, esquissent en réalité les contours d’une stratégie nationale. C’est le cas de celui ouvert mardi 21 juillet à Lomé par le ministère de l’Environnement, où deux chantiers d’apparence distincte convergent en réalité vers un même horizon : celui d’un Togo mieux armé face aux bouleversements climatiques et davantage capable de mobiliser les financements internationaux qui y sont associés.
L’ODEF à la conquête d’une reconnaissance internationale
Le premier de ces chantiers concerne l’Office de développement et d’exploitation des forêts (ODEF), engagé dans un processus d’accréditation auprès du Fonds Vert pour le Climat. Ce mécanisme, adossé à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, figure aujourd’hui parmi les instruments financiers les plus déterminants pour les pays en développement soucieux de financer leurs politiques d’adaptation et d’atténuation.
Pour l’ODEF, l’enjeu dépasse la simple reconnaissance institutionnelle : une accréditation réussie lui ouvrirait la possibilité de soumettre directement des projets au Fonds, sans intermédiation, et donc de capter des ressources financières considérables tout en renforçant l’appropriation nationale des initiatives climatiques. Cette ambition s’inscrit dans la continuité d’un arsenal d’instruments déjà en place — la politique forestière 2021-2030, le Plan national d’adaptation, ou encore les Contributions déterminées au niveau national (CDN 3.0) — qui dessinent depuis plusieurs années la trajectoire environnementale du pays. Il s’agit, en somme, de transformer un cadre stratégique cohérent en capacité d’action financière autonome.

Les mangroves, entre bouclier naturel et levier économique
Le second volet de l’atelier, en apparence plus circonscrit, n’en est pas moins révélateur d’une même philosophie d’action. Il porte sur la validation de la note conceptuelle d’un projet destiné à soutenir la filière coco et à valoriser le potentiel des mangroves dans les communes de Lacs 1 et Lacs 2, deux zones côtières particulièrement exposées à l’érosion et aux inondations.
Les mangroves ne sont pas de simples écosystèmes parmi d’autres : elles constituent une véritable ligne de défense naturelle contre l’avancée de la mer, tout en abritant une biodiversité que leur dégradation menacerait durablement. En articulant protection de ces milieux et développement d’activités génératrices de revenus pour les populations riveraines, le projet ambitionne de démontrer qu’adaptation climatique et développement économique ne sont pas des logiques concurrentes, mais complémentaires.
Une cohérence d’ensemble qui ne doit rien au hasard
Ce qui frappe, à l’examen de ces deux initiatives, c’est leur inscription commune dans une logique de crédibilisation. En dotant l’ODEF des capacités techniques et organisationnelles requises par les standards internationaux, tout en déployant des projets concrets au bénéfice des communautés vulnérables, le Togo cherche moins à cocher des cases qu’à se construire une réputation d’acteur sérieux et fiable sur la scène de la finance climatique — un registre où la compétition entre pays pour l’accès aux ressources est âpre, et où seule la crédibilité institutionnelle fait véritablement la différence.
C’est cette même exigence de sérieux qui semble guider, plus largement, la manière dont Lomé entend désormais aborder la question climatique : non comme une contrainte extérieure à subir, mais comme un espace d’opportunités à saisir, pourvu que le pays se dote des outils institutionnels adéquats. À cet égard, l’atelier du 21 juillet aura moins été un aboutissement qu’une étape — la première d’un chemin encore long, mais dont la direction, elle, paraît désormais clairement tracée. Fin
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