
Il est des initiatives qui, sans bruit ni tapage, viennent combler les interstices que l’action publique, à elle seule, ne saurait toujours occuper. C’est le cas du projet « Rouler protégé à Kara », porté par l’association Journalistes Unis pour la Promotion de la Culture au Togo (JUCUT), qui a organisé, ce jeudi 16 juillet à la station T-Oil de Tomdè, une journée de sensibilisation à l’intention des usagers de la route — une initiative qui, au-delà de sa dimension événementielle, révèle une conception renouvelée du rôle que la presse togolaise entend jouer dans la cité.
Un projet social au service de la vie
Loin de se limiter à une opération de communication, « Rouler protégé à Kara » s’affirme d’emblée comme un projet à vocation sociale. Il répond à une réalité documentée : celle d’une mobilité urbaine kabyè largement portée par le motocycle, dont l’intensification pendant la période des Evala expose chaque année davantage de conducteurs et de passagers aux risques de traumatismes crâniens.
Le président de JUCUT, Marcel Atayi, l’a résumé en une formule qui vaut ligne de conduite : « Le casque est un rempart contre le drame. » Une conviction qu’il a assortie d’un principe fondateur — celui selon lequel la célébration des traditions ne saurait être dissociée de la préservation de la vie humaine.
En choisissant d’adosser sa campagne à l’un des événements les plus fédérateurs du pays kabyè, l’association transforme ainsi un moment de ferveur culturelle en occasion de mobilisation citoyenne autour d’un enjeu de santé publique trop souvent relégué au second plan.




La voix des premiers concernés : gratitude et engagement collectif
Au-delà des discours officiels, cette journée aura surtout été marquée par la parole de ceux à qui elle s’adressait en premier lieu. Kossi, zémidjan à Kara depuis cinq ans, a livré un témoignage empreint de sincérité : « Souvent on dit que les zémidjans ne respectent rien. Mais aujourd’hui vous êtes venus nous écouter, nous expliquer calmement pourquoi le casque sauve. Moi-même j’avoue, je négligeais souvent le casque pour mon client. Mais les images et les témoignages que vous nous avez montrés m’ont vraiment touché. J’ai compris que si je perds ma vie, qui va s’occuper de mes enfants ? »
Un aveu qui résonne avec l’appel plus large lancé par KPANEGUE Pirenam Ange, coordonnateur préfectoral des transporteurs à deux roues de la Kozah, au nom de l’ensemble de ses collègues : « Vous n’êtes pas venus nous donner des leçons. Vous êtes venus nous tendre la main, nous former et nous rappeler que nos vies comptent. »
Invitant ses pairs à la solidarité — « si tu vois ton frère rouler sans casque, interpelle-le » — le coordonnateur a résumé l’esprit de cette mobilisation en une formule appelée à faire écho bien au-delà de Tomdè : « Rouler protégé, c’est gagner durablement. »




Un appui bienvenu aux efforts déjà engagés par l’État
Ce projet ne se substitue en rien à l’action gouvernementale ; il vient au contraire la renforcer, à un moment où elle en a besoin. Depuis 2023, l’État togolais a certes durci l’obligation légale du port du casque, mais son application effective se heurte encore, sur le terrain, à des obstacles bien réels — précarité économique des conducteurs, contraintes climatiques, réticences liées au partage des équipements, ou perception du contrôle routier comme simple tracasserie administrative.
C’est précisément dans cet interstice, entre l’intention réglementaire et sa traduction concrète dans le quotidien des zémidjans, que s’inscrit l’initiative de la JUCUT : non pas en concurrence avec les pouvoirs publics, mais en complément, en portant la pédagogie et l’équipement là où la seule contrainte légale peine encore à produire ses effets.
Une réussite rendue possible par des partenaires engagés, un objectif de 1 000 casques à atteindre
Cette première sortie n’aurait pu voir le jour sans le concours de partenaires ayant choisi d’y associer leur nom et leurs moyens. Grâce à l’appui financier de CCT-Bâtiment et de l’Union Nationale des Transporteurs du Togo (UNATROT), une cinquantaine de casques homologués ont pu être distribués lors de cette première étape — un chiffre modeste au regard de l’ambition globale, mais qui témoigne de la capacité du projet à fédérer, dès son lancement, des soutiens venus d’horizons différents, entre secteur privé et organisations professionnelles du transport.
Car cette journée de Tomdè ne constitue qu’une étape dans une ambition bien plus vaste. Le président de JUCUT l’a présentée sans ambiguïté comme la phase pilote d’une campagne appelée à s’étendre progressivement à l’ensemble des localités de la région de Kara — Landa, Lassa, Pya, Yadè, Bohou, Tcharè, Kouméa,… — avant d’envisager, à terme, un déploiement à l’échelle nationale.
L’objectif final, fixé à 1 000 casques homologués distribués et plus de 5 000 citoyens sensibilisés, dessine les contours d’un projet pensé non comme un coup d’éclat ponctuel, mais comme une politique de prévention inscrite dans la durée.
Précisément parce que l’ambition dépasse largement les moyens mobilisés à ce stade que Marcel Atayi a lancé, au terme de cette journée, un appel explicite aux entreprises, institutions et partenaires potentiels, les invitant à rejoindre cette dynamique citoyenne pour faire de la sécurité routière une responsabilité véritablement partagée. Un appel qui résonne comme une invitation à transformer un projet naissant en mouvement collectif, seul à même de porter l’ambition des 1 000 casques jusqu’à son terme.

Quand la presse togolaise assume sa responsabilité sociétale
Au-delà de son objet immédiat, cette initiative mérite d’être lue comme un signal plus large adressé au paysage médiatique togolais. En choisissant de dépasser son rôle traditionnel d’acteur de l’information culturelle pour devenir également actrice de sensibilisation et de développement, JUCUT illustre une conception exigeante du métier de journaliste — celle d’une presse qui ne se contente pas de rendre compte du réel, mais qui s’engage activement à le transformer.
Une démarche de responsabilité sociétale, sociale et environnementale qui, venant d’une organisation de journalistes, revêt une signification particulière : elle rappelle que l’information, lorsqu’elle se met au service de causes vitales, peut devenir elle-même un instrument de prévention.
Cette dynamique ne s’arrête pas à Tomdè. La même démarche de sensibilisation se poursuivra ce samedi, à l’occasion de la grande finale des Evala à Lassa, dans le même esprit de vigilance et d’engagement collectif — confirmant que, pour la JUCUT et ses partenaires, la sécurité routière ne saurait être une préoccupation d’un jour, mais un combat mené jusqu’au dernier geste de cette édition 2026. Fin
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