
Le chiffre a de quoi marquer les esprits dans un pays où la mécanisation agricole reste, historiquement, l’exception plutôt que la règle : quatre cents tracteurs ont été acquis et déployés dans plusieurs bassins de production togolais, accompagnés de la formation de trois cents tractoristes à leur conduite, à leur entretien et à leur maintenance. L’ensemble s’inscrit dans un programme financé à hauteur de 40 milliards de francs CFA par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), et complété par la planification de quatre cents zones d’aménagement agricole (ZAAP) à travers le territoire.
Ce triptyque — matériel, formation, aménagement foncier — n’est pas anodin. Il traduit une prise de conscience largement partagée par les experts du développement agricole : l’acquisition de tracteurs, sans formation à leur usage ni structuration des terres qu’ils doivent cultiver, se solde trop souvent par un parc de matériel sous-utilisé, mal entretenu et rapidement hors d’usage. En articulant les trois volets, le gouvernement togolais cherche visiblement à éviter cet écueil classique des politiques de mécanisation agricole en Afrique subsaharienne.
Sur le fond, l’enjeu dépasse la seule modernisation technique des exploitations. La mécanisation vise directement deux objectifs présentés comme centraux par le gouvernement : l’amélioration des rendements de production et la sécurisation des revenus des agriculteurs, dans un secteur qui emploie encore une part considérable de la population active togolaise et reste largement tributaire de pratiques manuelles chronophages. Les zones d’aménagement agricole planifiées, en particulier, laissent entrevoir une ambition de structuration plus large des filières — regroupement parcellaire, accès facilité à l’irrigation, mutualisation des équipements — qui pourrait, à terme, transformer l’organisation même de la production agricole dans les bassins concernés.
Reste que l’ampleur du défi demeure considérable au regard des besoins du secteur agricole togolais dans son ensemble. Quatre cents tracteurs, s’ils constituent une avancée notable par rapport à la situation antérieure, restent d’un ordre de grandeur modeste face au nombre d’exploitations familiales que compte le pays. La réussite de ce programme se mesurera donc moins à l’aune du nombre d’engins déployés qu’à sa capacité à irriguer, au sens propre comme au figuré, l’ensemble des bassins de production dans la durée.Fin
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