
À sa rentrée politique 2026-2027, le Comité d’Action pour le Renouveau a mêlé critique de ses alliés, pari sur l’arrêt de la Cour de la CEDEAO et mobilisation contre la vie chère. L’analyse de ses arguments montre ce qui tient, ce qui se discute, et ce que la stratégie suppose.
Une métaphore pour dire un malaise
Le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) a ouvert sa rentrée politique, samedi à son siège de Lomé, par une image de football : au Togo, quand un coéquipier est en position de marquer, on préfère lui reprendre le ballon. Son président, Robert Yao Daté, y voit la clé de l’échec répété de l’opposition. Le parti, fondé en 1991 par Yawovi Agboyibo, place sa rentrée sous le thème du « réalisme politique ». En mai, M. Daté dressait déjà un bilan sombre de trente-cinq ans sans alternance et appelait à abandonner les « vieilles méthodes ».
La critique de ses partenaires est frontale. Le populisme y est comparé à un « cancer de la démocratie », et le président du CAR accuse une frange de l’opposition de faire croire aux populations qu’elle détient « un bâton magique ». Il n’a cité personne dans les propos rapportés, ce qui laisse la cible ouverte à toutes les lectures. Le CAR appelle à une coalition des « forces démocratiques » fondée sur « la pression et le dialogue », sa formule cardinale.
L’arrêt de la CEDEAO, pari juridique
Le parti mise sur l’arrêt rendu le 29 janvier 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO. D’après les comptes rendus disponibles, la Cour a jugé que la révision constitutionnelle du 25 mars 2024 violait l’article 23 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. Elle n’a toutefois prononcé qu’une injonction générale, sans ordonner le retrait du texte ni de réparation financière. Cette limite est décisive : l’arrêt donne un levier politique, mais pas d’effet direct.
Le gouvernement conteste la portée de la décision. Dans une déclaration du 26 juillet, il soutient que la Cour n’a pas compétence pour contrôler la constitutionnalité du droit interne ni pour juger un pouvoir constituant national. Il estime qu’elle a retenu un « dessein anti-démocratique » sans preuves, rappelle qu’elle a écarté deux requérants faute de capacité juridique, et affirme que la réforme avait fait l’objet de consultations et d’un débat à l’Assemblée nationale. Le CAR, de son côté, juge que ceux qui dirigent le pays ont reconnu l’arrêt en privé tout en le niant sur les médias.
Le désaccord est donc d’abord juridique : l’arrêt est-il contraignant et sur quoi ? Le CAR en tire une exigence politique, avec une assise nationale, la libération des détenus politiques, l’amnistie générale et l’accompagnement de la communauté internationale. Il juge le Cadre permanent de concertation caduc, au motif qu’il n’a pas réussi à renouveler les membres de la CENI. Je n’ai pas pu vérifier ce dernier point.
Le bilan des « matchs ratés »
Le président du CAR a rappelé trois occasions manquées : l’APG en 2015, où une réforme limitant les mandats aurait, selon lui, empêché la modification constitutionnelle de 2020, 2018 avec le PNP, et 2023, où une assise nationale aurait pu être imposée. Sa leçon : guetter l’occasion et passer le ballon à celui qui est dans la surface. Cette lecture est celle du CAR. Les causes de chacun de ces échecs sont discutées, et l’exigence d’unité suppose que ses partenaires la partagent.
La vie chère, terrain d’union possible
Le CAR appelle à un meeting le 6 décembre 2026 contre la vie chère. Il dénonce une « augmentation injustifiée » des prix pétroliers en comparant le baril à 149 dollars en 2008 (pompe à 599 FCFA), 118 dollars en 2013 (650 FCFA) et 100 dollars aujourd’hui (817 FCFA).
La hausse récente est bien documentée : le super sans plomb est passé de 725 à 817 FCFA le 11 septembre 2026, d’après plusieurs médias, tandis que le gouvernement invoque un mécanisme d’ajustement automatique et un baril au-dessus de 100 dollars. Mais le raisonnement du CAR compare des années sans tenir compte du taux de change, des taxes et des subventions, et ces chiffres sont ceux du parti. La comparaison donne un argument politique fort, pas une démonstration économique.
Sur le délestage, que le CAR attribue à la mauvaise gestion de la CEET depuis des décennies, le tableau est plus nuancé. Le gouvernement parle d’une baisse des importations du Ghana et du Nigeria, avec 180 MW produits pour 360 MW de demande de pointe, et la CEET de travaux de maintenance du gazoduc. Le FMI chiffre à 550 millions de dollars la dette de la CEET à fin 2024. Fin
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