
Il y a des chiffres qui, à eux seuls, disent l’urgence d’agir. Au Togo, la triade hémorragie–anémie–éclampsie représente à elle seule près de 70 % des causes de décès maternels, et les hémorragies du post-partum concentrent, pour leur part, 50 à 60 % des décès liés aux hémorragies. Plus troublant encore : la majorité des femmes décédées avaient accouché en formation sanitaire. C’est ce constat, établi par le système national de Surveillance des Décès Maternels et Néonataux en Riposte (SDMNR), qui a conduit le pays à repenser en profondeur son réseau de Soins Obstétricaux et Néonataux d’Urgence (SONU), officiellement relancé ce jeudi 24 juillet à Lomé.
Un lancement qui ne doit rien au hasard
La date n’est pas anodine. Quarante-huit heures à peine avant cette cérémonie, la Session extraordinaire de l’Assemblée de l’Union Africaine, réunie à Accra, appelait l’ensemble des États membres à agir résolument contre la mortalité maternelle sur le continent.

« Ce lancement ne saurait être attribué à une simple coïncidence de calendrier », a souligné le Secrétaire général du ministère de la Santé, Dr Wotobé Kokou Martin, qui présidait la cérémonie en représentation du ministre Jean-Marie Tessi. Il y voit au contraire la preuve de la cohérence et de la continuité de la politique sanitaire togolaise.
Un réseau qui montrait ses limites
Le concept SONU n’est pas nouveau au Togo : introduit dès 2012, il avait donné lieu à une première cartographie en 2014, identifiant 109 formations sanitaires à potentiel SONU. Une révision menée en 2018 avait ramené ce chiffre à 73 structures — 46 SONU de Base et 27 SONU Complets — un réseau qui, selon Dr Wotobé, a rendu d’immenses services au système de santé togolais.
Mais l’évaluation périodique de ces structures a fini par révéler ses failles : fonctionnalité partielle, insuffisances infrastructurelles, carences en personnel qualifié — particulièrement marquées dans les zones périphériques — et fréquentation très inégale selon les territoires.
À cela s’ajoutaient les effets du Programme national d’accompagnement de la femme enceinte, la création de nouvelles formations sanitaires et une pression démographique croissante sur la demande de soins maternels et néonataux. Autant de facteurs qui rendaient, selon le Secrétaire général, la révision de la cartographie « non pas une option, mais une nécessité stratégique ».

Un travail de fond, mené avec rigueur
Placé sous la coordination de la Direction de la Santé de la Mère et de l’Enfant (DSME), ce chantier s’est appuyé sur l’appui technique et financier de l’UNFPA et du projet AUSSSR, ainsi que sur la mobilisation des directions centrales et régionales du ministère, des responsables préfectoraux de santé, des directeurs d’hôpitaux, de cartographes, d’experts universitaires et de représentants de la société civile.
Le processus s’est déroulé en quatre étapes — préparation technique, collecte des données, atelier national de cartographie et validation finale — avec la redéfinition des critères de classification des structures et l’introduction d’une nouvelle catégorie : les SONU Intensifs. Un outil en Excel de collecte structuré autour de six volets (formations sanitaires, population et accessibilité, sélection SONU, circuits de référence, ressources humaines, forces et faiblesses) a ensuite été déployé dans l’ensemble des régions, avant l’élaboration des cartes à l’aide du logiciel AccessMod de l’OMS, qui modélise l’accessibilité géographique aux services de santé. Ce outil vise à faciliter la priorisation des formation sanitaires.
100 structures, une progression de 37 %
Résultat de ce travail : le nouveau réseau SONU du Togo compte désormais 100 formations sanitaires, réparties en trois niveaux — 68 SONU de Base, 25 SONU Complets et 7 SONU Intensifs. Une progression de 37 % par rapport au réseau de 2019, qui traduit la volonté d’aller là où les femmes accouchent réellement, de couvrir les zones périphériques et de corriger les inégalités territoriales mises en évidence par les données de surveillance.
Un lancement, pas un aboutissement
Pour que ce réseau soit pleinement fonctionnel, Dr Wotobé a appelé à quatre chantiers prioritaires : renforcer les ressources humaines — sages-femmes et médecins obstétriciens en tête — et fidéliser le personnel dans les zones les plus nécessiteuses ; équiper les structures et généraliser les nouvelles thérapeutiques contre les hémorragies du post-partum ; structurer un véritable réseau de référence médicalisé pour les urgences obstétricales et néonatales ; et instaurer un monitoring périodique des 100 structures, assorti d’indicateurs clairs et de tableaux de bord accessibles aux décideurs et aux partenaires.
« Une majorité de nos femmes meurent de complications obstétricales dans nos formations sanitaires, après avoir fait le choix de venir accoucher sous assistance médicale », a-t-il rappelé, avant d’ajouter que ce choix, empreint de confiance, mérite d’être honoré par des soins de qualité. L’ambition affichée est claire : ramener le Ratio de Mortalité Maternelle sous la barre des 225 pour 100 000 naissances vivantes d’ici 2027, puis sous 70 d’ici 2030 — un objectif jugé atteignable à condition que les SONU soient opérationnels, les sages-femmes formées et motivées, et les médicaments essentiels disponibles en permanence.
« Donner la vie ne doit pas coûter la vie »
La Directrice de la santé de la mère et de l’enfant, Dr Tchandana Makilioubé, a salué un processus mené de façon participative, associant l’ensemble des acteurs du système de santé à tous les niveaux. Elle a résumé l’ambition du nouveau réseau en une formule simple : donner aux prestataires les moyens d’offrir des soins de qualité, pour qu’aucune femme ne meure en donnant la vie.

Des résultats déjà tangibles, selon l’UNFPA
A son tour, la Représentante résidente de l’UNFPA au Togo, Mme Elise Kakam, a salué une étape capitale dans la lutte contre la mortalité maternelle, néonatale et infantile. Elle a rappelé que « le réseau SONU défini en 2018 avait déjà porté ses fruits, grâce au renforcement des compétences des sages-femmes — usage de la ventouse, pratique de l’échographie, gestion des complications — combiné à une meilleure dotation des maternités en médicaments d’urgence, contribuant significativement à faire reculer la létalité maternelle, comme le confirment les données du monitoring et des audits de décès maternels. »
Selon elle, la nouvelle carte permet de passer d’une planification générale à un ciblage précis, seul à même de répondre efficacement aux 70 à 80 % de complications obstétricales qui, bien que souvent imprévisibles, restent maîtrisables lorsque les maternités sont bien équipées, dotées de personnel qualifié et correctement organisées. Elle a toutefois averti que des défis subsistent à l’approche de l’échéance 2030 des Objectifs de développement durable, appelant à renforcer la qualité des soins, le recours aux services maternels et les compétences du personnel, notamment en pédiatrie et en néonatalogie.
Un partenariat qui s’inscrit dans la durée
Dr Wotobé a tenu à exprimer, au nom du ministère, ses vifs remerciements à l’ensemble des partenaires techniques et financiers, dont l’engagement, a-t-il insisté, ne relève pas d’un simple appui ponctuel mais d’un partenariat stratégique au service de la vie des femmes et des nouveau-nés togolais. Mme Kakam a, de son côté, salué le leadership de la DSME et remercié l’ensemble des acteurs mobilisés — OMS, AU3SR, UNICEF, GIZ, KfW, Santé Intégré, entre autres — pour leur dévouement constant.
« Ce lancement constitue un commencement, non un aboutissement », a conclu le Secrétaire général du ministère de la Santé. « La mesure véritable de notre engagement se lira dans la fonctionnalité effective de ces formations sanitaires, dans les vies préservées, dans les familles qui n’auront pas à porter le deuil d’une mère ou d’un nouveau-né. Donner la vie ne doit pas coûter la vie. » Fin
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