
Du 27 au 29 juillet 2026, Lomé se sera muée en laboratoire d’idées pour l’avenir sanitaire de l’Afrique de l’Ouest francophone. Ouverte par le Docteur Melchior Athanase Joël Aïssi, Directeur général sortant de l’Organisation Ouest-africaine de la Santé, cette table ronde aura rassemblé une cinquantaine d’experts venus des pays de la CEDEAO, tous mus par une même préoccupation : comment financer durablement des systèmes de santé exsangues, sans céder à la fatalité d’une dépendance perpétuelle envers l’aide extérieure ?
Le constat, énoncé sans détour par le Docteur Aïssi, aura la sévérité des diagnostics qui ne se dérobent pas devant la vérité clinique. Depuis Abuja, les promesses de financement domestique de la santé se seront trop souvent muées en vœux pieux, restés lettre morte faute de volonté politique suffisamment affirmée. Entre 2017 et 2019, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Togo avaient pourtant engagé des dialogues nationaux, animés de l’espoir de bâtir une couverture sanitaire universelle sur des fondations budgétaires plus solides. Ces efforts, bien réels, se seront heurtés à l’insuffisance chronique des budgets nationaux et au reflux progressif des bailleurs internationaux.

L’ambition, pourtant, ne s’est jamais éteinte. Adoptée lors du Sommet de l’Union africaine de 2019, la Déclaration ALM aura scellé l’engagement des chefs d’État à mobiliser davantage de ressources internes et à ériger des plateformes régionales de financement. Mais ces hubs, censés accompagner les réformes nationales, peinent encore à déployer pleinement leurs effets, contraints par des marges budgétaires étroites et un désengagement persistant des partenaires extérieurs.
C’est dans la gestion des finances publiques que les experts réunis à Lomé auront cru déceler le levier le plus prometteur. Transparence budgétaire, allocation efficiente des ressources, comptabilité redevable : autant de principes qu’un cadre harmonisé, déjà instauré dans l’espace UEMOA, s’efforce de traduire en pratiques concrètes. Les obstacles, cependant, demeurent nombreux, et l’impact de ces réformes sur la santé effective des populations reste, à ce jour, en deçà des attentes.

Une piste plus inattendue aura également retenu l’attention des participants : celle de la Responsabilité Sociétale des Entreprises, trop longtemps cantonnée à des gestes de communication, quand elle pourrait devenir un authentique instrument de financement des programmes sanitaires nationaux. À cet égard, le mécanisme Debt2Health, soutenu par le Fonds mondial, aura été présenté comme une voie d’avenir : convertir le remboursement de dettes souveraines en investissements sanitaires, c’est offrir aux États un moyen de desserrer l’étau de leur dépendance financière extérieure.

Au terme de ces travaux, les participants entendent dresser un bilan lucide des progrès accomplis dans les quatre pays francophones concernés, recenser les bonnes pratiques et documenter, sans complaisance, les obstacles qui persistent. Un panorama des initiatives de responsabilité sociétale sera dressé, et des recommandations concrètes formulées pour affiner la programmation et le contrôle des budgets de santé. Une stratégie régionale d’appui technique et de plaidoyer devrait également voir le jour, jalon supplémentaire vers une meilleure gouvernance sanitaire.
Fiscalité repensée, espace budgétaire élargi, priorité accordée à la santé communautaire : les pistes évoquées à Lomé dessinent les contours d’une souveraineté sanitaire encore à conquérir. Par-delà les chiffres et les mécanismes, c’est bien d’un choix politique qu’il s’agit, celui de faire de la santé, non plus une variable d’ajustement budgétaire, mais un investissement consenti et assumé. À l’heure où l’Afrique de l’Ouest francophone cherche à s’affranchir de sa dépendance aux bailleurs, la rencontre de Lomé pourrait bien avoir posé une pierre modeste, mais essentielle, à l’édification de systèmes de santé enfin résilients. Fin
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