
La fièvre de Lassa, maladie hémorragique virale endémique en Afrique de l’Ouest, continue de mettre à l’épreuve la résilience des systèmes de santé de la région.
Transmise par les rongeurs mais aussi par voie interhumaine, elle illustre la fragilité des dispositifs de prévention et la complexité des réponses à apporter dans un contexte de mobilité transfrontalière et d’interdépendance économique.
Avec 100 000 à 300 000 infections annuelles et une létalité pouvant atteindre 20 % chez les patients hospitalisés, la fièvre de Lassa demeure une menace majeure. Historiquement concentrée au Nigeria, en Sierra Leone, au Libéria et en Guinée, elle s’est désormais étendue au Bénin, au Togo et au Ghana, confirmant sa capacité à franchir les frontières et à se transformer en crise régionale.
La 2ᵉ Conférence internationale sur la fièvre de Lassa (ELFIC 2025), organisée par la CEDEAO à Abidjan, a réuni chercheurs, décideurs et partenaires internationaux autour d’un objectif commun : traduire les avancées scientifiques en engagements politiques concrets.



Six axes ont structuré les débats : coordination régionale, contre-mesures médicales, surveillance précoce, innovation technologique, engagement communautaire et financement durable.
Les travaux ont mis en lumière des avancées notables : diagnostics rapides, recherche vaccinale, surveillance génomique et décentralisation des laboratoires.
Ces innovations visent à rapprocher les capacités de détection des communautés, réduisant les délais de confirmation et améliorant la prise en charge.
Cependant, les faiblesses persistent : surveillance inégale, zones rurales marginalisées, main-d’œuvre sanitaire limitée et préparation opérationnelle insuffisante.
Ces lacunes rappellent que la science ne peut, à elle seule, endiguer la menace ; elle doit s’accompagner d’un engagement politique fort et d’investissements ciblés.
L’adoption d’un communiqué ministériel conjoint constitue l’un des résultats majeurs d’ELFIC 2025. Les ministres de la Santé de la CEDEAO ont approuvé un mécanisme de cofinancement régional pour le développement d’un vaccin contre la fièvre de Lassa.
Cette décision traduit une volonté politique de dépasser les déclarations d’intention pour mobiliser des ressources concrètes.
La lutte contre la fièvre de Lassa apparaît désormais comme un test grandeur nature pour la sécurité sanitaire en Afrique de l’Ouest. Elle impose une coopération institutionnalisée, une responsabilisation accrue et une mobilisation durable des ressources.
ELFIC 2025 a montré la voie : un dialogue entre science et politique, des engagements financiers tangibles et une volonté de renforcer les capacités locales.
La persistance de la fièvre de Lassa rappelle que seule une réponse collective, coordonnée et durable permettra de protéger les populations. L’Afrique de l’Ouest dispose désormais d’une plateforme solide ; reste à transformer les promesses en actions, pour que la menace cesse d’être une fatalité et devienne un catalyseur de progrès sanitaire régional. Fin